‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 170 sur 346 · L AMOUR SOUS LA BÉGENCE · texte numérisé non relu

L AMOUR SOUS LA BÉGENCE

une nuance de persiflage : « Voilà qui est bien; votre langage est décent. Il n'étourdit point la raison. On a le temps de se reconnaître. » Cupidon devine que l'austère déesse ne lui veut point de mal ; il lui adresse sur-le-champ cette adroite déclaration :

Déesse adorable, ne m'exposez pas à dire que je vous aime. Vous regardez ceci comme une feinte; mais vous êtes trop aimable et mon cœur pourrait bien s'y méprendre. Je vous dis la vérité; ce n'est pas d'aujourd'hui que vous me touchez. Je me connais en charmes : ni sur la terre, ni dans les cieux, je ne vois rien qui le cède aux vôtres. Combien de lois n'ai-je pas été tenté de me jeter h vos genoux! Quelles délices pour moi d'aimer la vertu, si je pouvais être aimé d'elle ! Eh ! pourquoi ne m'aimeriez-vous pas? Que veut dire ce penchant qui me porte à vous, s'il n'annonce pas que vous y serez sensible? Je sens que tout mon cœur vous est dû; n'avez-vous pas quelque répugnance à me refuser le vôtre? Aimable Vertu, me fuirez-vous toujours? Regardez-moi, vous ne me connaissez pas : c'est l'Amour à vos genoux qui vous parle. Essayez de le voir; il est soumis, il ne veut que vous fléchir '.

La Vertu est troublée par ces accents passionnés; elle prend la fuite pour ne pas succomber, tandis que l'etTronté Cupidon s'écrie .• « Ah! ah! ah! la Vertu se laissait apprivoiser. Je la tenais déjà par la main, toute vertu qu'elle est; et si elle me donnait un quart d'heure d'audience , je vous la garantirais mal nommée ^. » Il faut que Minerve reprenne le rôle de juge, et voici l'arrêt qu'elle rend :

Cupidon, la Vertu décidait contre vous; et moi-même j'allais être de son sentiment, si Jupiter n'avait pas jugé à propos de vous réunir en vous corrigeant pour former le cœur du prince ^. Avec votre confrère, l'àme est trop

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