Voir ci-dessus, p. 111, n
tendre, il est vrai; mais avec vous elle est trop libertine. Il fait souvent des coeurs ridicules; vous n'en laites que de méprisables. Il égare l'esprit : mais vous ruinez les mœurs. Il n'a que des défauts ; vous n'avez que des vices. Unissezvous tous deux : rendez-le plus vif et qu'il vous rende plus tendre et plus raisonnable; et vous serez sans reproche '.
J'ai cru que cette longue analyse d'une courte pièce à peu près oubliée contribuerait à faire bien connaître le caractère et la nature d'esprit de Marivaux. Il vaut mieux que son temps, mais il en est; il aime la vertu, mais il la veut coquette; il blâme le vice, mais il ne peut se défendre de le trouver séduisant. Il rêve donc une alliance entre deux contraires; alliance chimérique, mais, au lendemain de la Régence, c'est un honneur relatif de l'avoir souhaitée.
Lorsque Marivaux fit représenter le Triomphe de Plutus, près de vingt ans s'étaient écoulés depuis que Le Sage avait pour la première fois mis sur la scène la bassesse naturelle et les vices d'emprunt du parvenu de la finance -. On sait quelle résistance désespérée les hommes d'argent mirent en œuvre pour empêcher la représentation de 7't«rart'/ ; Marivaux ne rencontra pas de semblables obstacles : cuirassés par l'habitude, les financiers avaient pris leur parti des