La Réunion des Amours, scène xiv
2. Turcaret est de 1709 et le Triomphe de l'iidus de 1728. Entre les deux pièces parut une des satires les plus sanglantes dont les traitants aient été l'objet, Arlequin traitant, opéra comique en trois actes, ded'Orneval, représenté le 22 mars 1716 sur le théâtre de la Foire, dans le mois même où avait été promulf,'ué l'édit établissant une chambre de justice contre les traitants (voir le Théâtre de la Foire, publié par E. d'Auriac, p. 177 et suiv.). D'Orneval surpasse de beaucoup Le Sage, non certes pour le talent dramalique, mais pour la vigueur l)rutale de la satire. — Sur les linaiiciers (pi'a peints Le Sage, ceux de la lin du xvii" siècle cL du commencement du xvni", voir E. Berlin, les Mariages dans l'ancienne société fraw-uise, livre V, chap. i.
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attaques dont ils pouvaient être rol)jet; elles ne troublaient pas plus leur orgueil que leur quiétude. Au reste, le Triojnphe de Plutus n'était pas de nature à les inquiéter beaucoup; au lieu de leur porter à plein corps, comme Le Sage, de profondes blessures, Marivaux les criblait de fines épigrammes, peu sensibles à des épidermes épais ; c'est pour le roman et les œuvres morales qu'il réservait une satire plus sérieuse. Ici, il se contente de railler agréablement les vices que Le Sage a flétris : insolence et lourdeur, ignorance et grossièreté, prétentions risibles, ostentation de prodigalité, surtout en amour. A peine, en deux ou trois passages, une saillie mordante, et encore est-ce plutôt le sourire discret de l'homme d'esprit qui se venge des sots que le rire indigné du satirique.
Le Triomphe de Plutus n'emprunte à la mythologie qu'un titre. Apollon et Plutus se disputent le cœur d'Aminte, une mortelle du wiii*^ siècle, et, pour lui plaire, ils ont pris la forme, l'un du financier Richard, l'autre du bel esprit Ergaste. Piqué au vif par les railleries d'Apollon, qui persifle la tournure gauche et le langage « massif » de son rival ', Plutus entreprend de lui prouver qu'en amour, comme en toutes choses, l'or est tout-puissant. En eff"et, tandis qu'Apollon tourne en pure perte des petits vers, Plutus a bientôt gagné, c'est-à-dire acheté, et la suivante ,et l'oncle d'Aminte, Spinette et Amidas, et Aminte elle-même; jusqu'au valet d'Apollon, Arlequin qui attendait ses gages depuis trop longtemps. Il pousse sa fastueuse insolence jusqu'à louer les musiciens que son rival avait amenés pour offrir un divertissement à Aminte ; puis il s'en va avec un gros rire : « Ne vous alarmez pas, dit-il à ses dupes, je vous laisse les présents que