Œuvres de Marivaux, t. II, p
2. On a vu plus haut (p. 146, n. 1) le succès du Préjuçjé vaincu à la première représentation. C'est une des pièces de Marivaux qui restèrent le plus longtemps au répertoire avant la Révolution. Elle reparut à la Comédie-Française, le 15 septembre 1868, mais elle passa inaperçue. De nos jours, la donnée du Préjugé vaincu a été reprise avec succès par M. Ern. Legouvé, dans une comédie en trois actes, Par droit de conquête (Théâtre-Français, 7 juin 18oo).
3. La Double Inconstance, acte III, se. iv. Et aussi dans une de ses premières pièces, le Dénouement imprévu (10 décembre 1724), où il fait dire par un paysan : « Un sang noble? Queu guiable d'invention d'avoir fait comme ça du sang de deux façons, pendant qu'il viant du même russiau! » M. Brunetière n'admet pas que Âlarivaux ait pensé sur la noblesse comme ses contemporains : « Ne brouillons pas les temps, dit-il, ne transportons pas nos idées de revendication et de protestation dans le passé, ne voyons pas plus une attaque à la noblesse dans les Fausses Confidences que, dans les Plaideurs, une attaque à la magistrature, et, par grâce, dans le fin cristal de Marivaux, si délicatement taillé, ne versons pas le gros vin de nos utopies
des lettres de noblesse, dont il se mo(|ue très agréablement.
L'Héritier de Village appartient aussi au genre de la satire philosophique, mais en sens inverse. Après les vrais nobles infatués de leur titre, voici des roturiers qui achèteraient volontiers des savonnettes à vilains. Molière avait pris ce dernier travers dans la bourgeoisie; Marivaux descend jusqu'aux paysans, et les montre, dans l'ivresse d'une fortune récente, songeant du premier coup à s'anoblir. C'est, cette fois encore, une très agréable esquisse, mais ce n'est que cela, car la pièce n'a qu'un acte et aurait demandé un plus long développement '. Biaise et sa femme Claudine, enrichis par un héritage subit, songent d'abord à changer de manière et de mœurs; de là, peinture satirique du beau monde, qu'ils veulent imiter, et de l'amour mondain. Encore une fois, Marivaux se parodie lui-même avec esprit^, et, chemin faisant, il relève un des plus tristes défauts de son temps, le ridicule jeté sur l'amour conjugal ^. M. Jourdain avait Dorante et
socialistes. >■ (La Comédie de Maricaux, p. Ki',).) Oulre (pio la satire du préjugé nobiliaire n'est pas « une utopie socialiste », il n'y a pas dans Marivaux (jue les Fausses Confidences ; si l'on y joint Le Préjugé vaincu, la Double Inconstance, plusieurs scènes éparses dans d'autres comédies, de nombreux passages des romans (voir ci-après, troisième partie, chapitre ni), on verra s'accuser nettement chez Marivaux les sentiments du tiers état de 1789.
1. L'Héritier de Villar/ec^l de l"2;i; trois ans [dus taiil d'Allainval reprenait le même sujet dans VÈcole des liourr/eois, aviw. des personnages intermédiaires entre ceux de Molière et ceux de Marivaux. D'AUainval approche de Molière et dépasse Mari- V aux dans deux scènes excellentes.