‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 176 sur 346 · Ulle des Esclaves, scène x. — Même réflexion dans le · texte numérisé non relu

Ulle des Esclaves, scène x. — Même réflexion dans le

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Par les réflexions de ce genre, fort nombreuses dans son théâtre \ Marivaux cède, non seulement à un goût louable de leçon morale, mais encore au penchant qui entraine la jjlupart des auteurs dramatiques de son temps. Le théâtre est alors l'auxiliaire de la « philosophie », c'est-à-dire de la guerre aux préjugés, du désir de réformes, de la philanthro[)ie, car, de tous les moyens de propagande, il est le plus puissant. A vrai dire, ce n'est jamais impunément qu'il se fait Fauxiliaire d'une cause, pour juste qu'elle soit; il contracte, dans un pareil rôle, de graves défauts qu'il serait trop long d'énumérer ici, et qui reparaîtront toutes les fois qu'il abandonnera, pour se lancer dans les discussions politiques, l'étude désintéressée de la nature humaine *. Quoi qu'il en

Prince travesti : « Personne n'a si bon cœur que vous, dit Arlequin à son niaitre; et il m'est avis que c'est là la marque d'un prince. » Et le prince répond : <• On peut avoir le cœur bon sans être prince, et, pour l'avoir tel, un prince a plus à travailler qu'un autre. »

1. Elles viennent quelquefois lorsqu'on les attend le moins et marquent d'autant mieux une manière de penser haljituclle. Dans le Prince travesti, ([ui ne vise nullement à la leçon morale, Arlequin se promenant dans un palais fait remanpier : « Que de fatras de meubles, de drôleries, de colifichets! Tout un village vivrait un an de ce que cela vaut. » (I, m.) Réflexion bien innocente, mais qui contient en germe les théories de P.-L. Courier sur la destruction des anciens châteaux et des grands parcs, et leur remplacement par des maisons de paysans et des champs cultivés. {Simple discours.) Voir encore ci-après, 4° partie, chap. m.

2. Voir, outre l'ouvrage de M. L. Fontaine, le Théâtre et la Philosophie au xvin" siècle, l'article déjà cité de G. Planche, qui contient, malgré des exagérations systématiques et des erreurs, quelques vues assez justes {le Théâtre et Vesprit public en 7'>rt?!cc,dans la Revue des Deux Mondes du 1" septembre 184C), et aussi une page nourrie de Paul Albert {la Littérature française au xviii* siècle, p. 187). La question est traitée d'une manière complète dans deux articles de Cuvillier-Fleury [la Polilique dans le roman et la comédie, première série de ses Éludes et portraits, p. 392 et suiv.). — En date, Marivaux est

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soil, si Marivaux tomba dans un travers alors universel, ce fut à un degré bien moindre que la plupart de ses contemporains. Il ne considéra jamais le théâtre comme une chaire ou comme une tribune; seulement, pénétré du sentiment de la justice et de l'égalité originelle des hommes, il s'était fait un avis sur des questions dont l'importance grandissait tous les jours, et il l'exprimait à l'occasion; de là, un autre côté sérieux de son théâtre. L'esprit « philosophique » se laisse deviner dans le caractère de Trivelin, analysé plus haut, et dans beaucoup de rôles de valet; il inspire ouvertement le Préjugé vaincu '. Le préjugé que vise Marivaux est celui de la naissance, de tous ceux de l'ancien régime le plus insupportable, car il blessait un sentiment français par excellence, l'amour de l'égalité. Il était facile, en un pareil sujet, de tomber dans la déclamation; Mari-

un des premiers auteurs dramatiques qui fassent du théâtre l'auxiliaire de la philosophie; il ouvre une série qui ne se fermera qu'après la Révolution, lorsque les esprits seront pacifiés et les idées de réforme enfin traduites par des lois. Avec lui, nous sommes, pour reprendre le mot de Sainte-Beuve, dans l'âge d'or de la comédie philosophique.

1. Gela n'empêche pas Gustave Planclie d'écrire : « Plusieurs fois j'ai entendu soutenir, à propos de Marivaux, une opinion qui, à défaut d'évidence, se recommande par la singularité.... On allait jusqu'à dire que l'auteur des Fausses Confidences n'était pas demeuré étranger au mouvement de son temps, qu'il avait servi à sa manière, dans la mesure de ses forces, la cause de l'émancipation politique du tiers état. J'avouerai franchement que cette intention libérale qu'on lui prèle si généreusement n'a jamais frappé mes yeux.... Il ne songeait qu'à divertir et n'appelait de ses vœux aucune réforme. » {loc. cit., p. 117.) Aujourd'hui, on est tout aussi affirmatif que Planche, mais en sens contraire, et avec beaucoup plus de raison. Même souffle moderne dans les Fausses Coîifidences, qui sont, à ce point de vue, le pendant du Jeu de l' Amour et du Hasard; au lieu d'un jeune homme de condition, c'est une jeune veuve qu'elles nous montrent, dédaigneuse de la naissance et bravant le préjugé.

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vaux Fa soigneusement évitée. iNulle part, dans cette pièce, il ne prêche ni ne plaide; la leçon se dégage toute seule. C'est à une jeune tille qu'il prête ce préjugé, et en cela, observe Duviquet, il se montre bon observateur, car « on a remarqué de tous temps que les femmes sont plus sensibles que les hommes au sentiment des préférences, et qu'elles attachent un prix infini à toute espèce de supériorité *. » Il fait encore preuve d'observation en se servant de lamour, le sentiment qui rapproche le plus les distances, pour corriger la jeune fille de ce mépris de la roture. On regrette même, en lisant cette comédie intéressante et bien conduite ^, que Marivaux se soit contenté d'un seul acte pour développer un sujet d'où il eût pu tirer une grande comédie de mœurs.

Cette pièce n'est pas la seule où Marivaux ait tourné en ridicule le préjugé nobiliaire; il lavait raillé déjà dans plusieurs scènes de la Double Inconstance, surtout dans celle ^ où l'on apporte à Arlequin

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