‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 179 sur 346 · LE PRÉJUGÉ NOBILIAIRE · texte numérisé non relu

LE PRÉJUGÉ NOBILIAIRE

la marquise pour le berner et l'exploiter; de même Claudine et Biaise ont Mme Damis et le chevalier, qui, les sachant riches, demandent aussitôt la main de leurs enfants. C'est une mésalliance, mais qu'importe ! Mme Damis hésite : « La démarche me paraît humiliante. — Cousine, répond le chevalier, savez-vous de quoi vil l'orgueil de la noblesse? De ces petites hontes qui vous arrêtent '. » Quant à Biaise, il s'empresse d'agréer la demande, et, pour ne point faire rougir son gendre et sa belle-fille, il sera noble lui aussi : « J'achèterons de la noblesse; elle sera toute neuve, elle en durera plus longtemps '. » Et déjà, escomptant sa future grandeur, il veut imiter en tout cette noblesse, dont il va être. Il ne payera donc pas ses créanciers : « On a un rang qui brille, des équipages qui roulont toujours, des laquais qui grugeont tout.... Les petites gens sont bian heureux. Mais il y a une bonne coutume ; on emprunte aux marchands, et on ne les paye point;

que je nous aimions bian au contraire. •• Mais Biaise lui explique que cela serait du dernier ridicule; sa femme prendra donc au moins un galant, et lui aura une maîtresse, « queuque chilTon de femme, qui sera bian laide, bian sotte, qui ne m'aimera point, que je n'aimerai point non pus, qui me fera des niches; mais qui me coûtera beaucoup, et qui ne vaura guère, et c'est là le plaisir. •■ D'Allainval a visiblement imité cette scène dans la pièce citée tout à l'heure, l'École des Bourgeois. On connaît le passage fameux où le marquis de Moncade fait à sa future, Benjamine, la même leçon que Biaise à Claudine. Voir, sur les singuliers ménages qui résultaient de ces théories, outre le livre de M. Bertin, les Mariages clans l'ancienne société française, de Concourt, la Femme au xviiic^^ècle, chap. v, p. 230-239; H. Taine, les Origines de la France contemporaine, t. I, p. l'O à 174, et, sur la peinture au théâtre du préjugé contre le mariage, Saint-Marc-Cirardin, Coin-s de littérature dramatique, t. V, p. 166-186, et A. Fontaine, le Théâtre et la Philosophie, deuxième partie, chap. iv.

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