U.\ DRAME DE PASSION
porté de bonheur, avoue qui il est; mais l'ambassadeur de Castille survient, et sépare les deux amants. Nous nous éloignons encore davantage du Marivaux habituel dans la scène qui s'engage entre les deux princes, car le prétendu ambassadeur n'est autre que le roi de Castille lui-même.
l'ambassadeur Vous savez, Monsieur, ce qui m'amène ici, et votre habileté me répond di' succès de ma commission. Il s'agit d'un mariage entre vc tre princesse et le roi de Castille, mon maître. Tout invite aie conchn-e: jamais union ne fut peutêtre plus nécessaire. Vous n'ignorez pas les justes droits que les rois de Castille prétendent avoir sur une partie de cet État, par les alliances....
LÉLIO
Laissons-là ces droits historiques, Monsieur ; je sais ce que c'est, et, quand on voudra, la princesse en prodiura, de même valeur, sur les Etats du roi votre maître. Nous n'avons qu'à relire aussi les alliances passées; vous verrez qu'il y aura quelqu'une de vos provinces qui nous appartiendra.
l'ambassadeur
Laissons-les donc pour le présent, j'y consens; mais la trop grande proximité des deux États entretient depuis vingt ans des guerres qui ne finissent que pour peu de temps, et qui recommenceront bientôt entre deux nations voisines, et dont les intérêts se croiseront toujours. Vos peuples sont fatigués; mille occasions nous ont prouvé que vos ressources sont inégales aux nôtres. La paix que nous venons de faire avec vous, vous la devez à des circonstances qui ne se rencontreront pas toujours. Si la Castille n'avait été occupée ailleurs, les choses auraient bien changé de face.
LÉLIO
Point du tout; il en aurait été de cette guerre comme de toutes les autres. Depuis tant de siècles que cet État se défend contre le vôtre, où sont vos progrès?...
l'ambassadeur Vous ne vous êtes soutenus que par des secours étrangers.
LÉLIO
Ces mêmes secours, dans bien des occasions, vous ont rendu de jjjrands services, et voilà comment subsistent les Etats : la jiolitique de l'un arrête l'ambition de raulrc....
l'ambassadeur Votre avis est donc de rejeter le mariage que je propose?
LÉIJO
Je- ne le rejette point, mais il mérite réllcxion. Il faut examiner mûrement les choses; après quoi, je conseillerai à la princesse ce que je jugerai de mieux pour sa gloire et pour le bien de ses peuples.
Étonné do rencontrer une si tière assurance cliez un favori d'aventure, dont il croyait avoir facibniient raison, l'ambassadeur se laisse aller au dépit et devient blessant :
La princesse n'est sans doute l'objet que de vos respects; mais le bruit qui court sur votre compte vous expose, et, pour le détruire, je vous conseillerais de porter la princesse à un mariage avantageux à l'Etal.
LÉI.IO
Je vous suis très obligé de vos conseils, Monsieur; mais j'ai regret à la peine que vous prenez de m'en ddiiiHT. .Iiisqu'ici les ambassadeurs n'ont jamais été les précci)tenrs des ministres chez qui ils vont, et je n'ose renverser l'ordre. Ouand je verrai votre nouvelle méthode bien étai)lie, je vous promets de la suivre.
l.'ANUiASSADEUR Je n'ai pas tout dit. Ee roi de Casiille a pris de l'inelinaliou i)our la princesse sm- un portrait (pi'il en a vu; c'est eu amant ((ue ce jeune prince souhaite un mariage (|ue la i.ii-oii, l'('t.;;dil('' d'âge et la politique doivent pivssci- de jiart et daulre.... La vengeance des princes \\cul poiler loin, souvenez-vous-en.