‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 189 sur 346 · I.ÉI.IO · texte numérisé non relu

I.ÉI.IO

le n(î laisserais pas (pie d'einliarrasscr le ressenlinieiil

lie voli<; prince. Il lui sérail |ilu> diflieile de se venger de moi que vous ne pensez.

un drame de passion. 2 60

i/amp,assadeur De vous?

LÉLIO

Oui, de moi.

l'ambassadeur Doucement, vous ne savez à (jui vous parlez.

LÉLIO

Je sais qui je suis; eu voilà assez.

l'ambassadeur

Laissez-là ce que vous êtes; et soyez sûr que vous me devez respect.

LÉLIO

Soit, et moi je n'ai, si vous le voulez, que mon cœur pour tout avantage; mais les égards que l'on doit à la seule vertu sont aussi légitimes que le respect que l'on doit aux princes; et fussiez-vous le roi de Castille même, si vous êtes généreux, vous ne sauriez penser autrement. Je ne vous ai point manqué de respect, supposé que je vous en doive ; mais les sentiments que je vous montre depuis que je vous parle méritaient de votre part plus d'attention que vous ne leur en avez donné. Cependant, je continuerai à vous respecter, puisque vous dites quïl le faut, sans pourtant 'en examiner moins si le mariage dont il s'agit est vrainu^nt convenable *.

Dans ce langage, vraiment digne de deux rois. Marivaux, qui n'avait su faire parler ni Flaminius, ni Annibal, prend ici sa revanche, et, sans forcer le ton, atteint la grandeur tragique. Il y a bien quelques faiblesses dans cette longue scène ; l'expression n'a pas toujours assez de relief et de concision; mais l'ensemble est de grande allure, et Télan, ce que Sainte-Beuve appelle « le coup de collier chevaleresque * », emporte ces tirades, anime ces répliques, parfois vibrantes et sonores comme des chocs d'épées.

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