Acte I, se. vni
280 L AUTEUR nRAMATIQUE.
faites trembler. Est-ce que vous me croyez capable de manquer de sagesse ?
MADAME ARGANTE
Hélas! ma fille, vois ce que tu as lait; te serais-tu crue capalile de tromper ta mère, de voir à son insu un jeune étourdi, de courir les risques de son indiscrétion et de sa vanité, de t'exposer à tout ce qu'il voudra dire et de te livrer à lïndécence de tant d'entrevues secrètes, ménagées par une misérable suivante sans cœur, qui ne s'embarrasse guère des conséquences, pourvu qu'elle y trouve son intérêt, comme elle l'y trouve sans doute? Qui t'aurait dit, il y a un mois, que tu t'égarerais jusque-là? l'aurais-tu cru? -
ANGÉLIQUE, tristement. Je pourrais bien avoir tort; voilà des réllexions que je n'ai jamais faites.
MADAME ARGANTE
Eb! ma cbère enfant, qui est-ce qui te les ferait faire? Ce n'est pas une domestique payée pour te tralur, non plus qu'un amant qui met tout son bonheur à te séduire. Tu ne consultes que tes ennemis, ton cœur même est de leur parti. Tu n'as pour tout secours que ta vertu, qui ne doit pas être contente, et qu'une véritable amie comme moi, dont lu te défies; que ne risques-tu pas?
ANGÉLIQUE
Ah ! ma chèn> mère, ma chère amie, vous avez raison, vous m'ouvrez les yeux, vous me couvrez de confusion. Lisette m'a trahie et je romps avec le jeune homme. Que je vous suis obligée de vos conseils ^ !
Angélique est sincère, mais elle compte sans Lisette, qui la dirige à son gré, car la jeune fille est sans défense par excès de droiture. Malgré ses bonnes résolutions, elle est amenée, presque sans s'en douter, à un nouveau rendez- vous. D'abord elle accable Dorante de reproches et veut rompre avec lui ; mais elle va trop loin du premier coup; aussi s'excuse-t-ellc de sa violence, et Dorante protite de ce repentir pour