‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 210 sur 346 · Sainte-Beuve, Causeriei^ du Lundi, t. IX, p · texte numérisé non relu

Sainte-Beuve, Causeriei^ du Lundi, t. IX, p

2. L'ablré Prévost, dans le Pour et le Contre (t. II, p. 343) : « La seconde partie de la Vie de Marianne n'a pas été reçue du public comme la première. Les réflexipns ont paru la plupart trop recherchées, trop longues, trop fréquentes... Qu'estce qu'une personne qui s'interrompt à chaque instant ellemême, sur la plus petite circonstance, pour moraliser sans nécessité? N'est-il pas contre l'essence de la narration de faire ainsi à chaque instant de longues réflexions?... Ces moralités ne doivent être que l'accessoire, et elles sont le principal contre toutes les règles de la nature. » De même Desfontaines (le Nouvelliste du Parnasse, t. II, p. 210) : <■ Marianne a bien de l'esprit, mais elle a du babil et du jargon ; elle conte bien, mais elle moralise trop. »

qu'elle n'écrit point, mais qu'elle parle; peut-être qu'en vous mettant à ce point de vue-là sa façon de conter ne vous sera pas si désagréable '.

Mais c'est justement parce que Marianne /)a?'/e que ces réflexions sont trop nombreuses et parfois déplaisantes de ton; en elle-mêmes, on les trouve agréables et justes; c'est leur profusion et leur légère « pédanterie » qui sont ennuyeuses. Certaines autobiographies, réelles comme les Confessions, fictives comme Gil Blas, donnent, elles aussi, grande place aux réflexions, sans nous causer cette sorte d'impatience. En tirant la philosophie de toutes choses, Marianne veut trop montrer qu'elle comprend et devine tout, qu'elle n'est dupe de rien ; elle irrite par l'air de sagacité qu'elle affecte; elle fait trop parade de cette pénétration toujours en éveil, et, comme elle parle à la première personne, son moi devient haïssable. Sainte-Beuve relève ce défaut dans une comparaison ingénieuse et qui est bien d"un physiologiste. Selon lui, Marianne s'analyse, se décrit, se démontre ellemême au moral, et il ajoute : « En se promenant dans les musées d'anatomio, on voit ainsi des pièces très bien figurées et qui ont forme humaine; mais, à l'endroit où l'anatomiste a voulu se signaler luimême , la peau est découverte et le réseau intérieur apparaît avec sa fine injection : c'est un peu FefiFet que produit l'art habile de Marivaux. Ses personnages, au lieu de vivre, de marcher et de se développer par leurs actions mêmes, s'arrêtent, se regardent et se

1. Avertissement ou \r\<' i\>' l.i seconde partie de la Vie de Marianne (1729). — Il scnil)l(! (|u'après celle, seconde, jiartic l'aljbé Prévost, dont on vient de lire les reproclies, ait pris son parti de la manière de Marivaux et n'en veuille plus voir (|ue les qualités. On peut voir le le Pour et le Con/rr, l. IX. ]i. 273. où il accepte Marivaux tout entier, forme et fond.

Page 1