‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 212 sur 346 · MARIANNE · texte numérisé non relu

MARIANNE

être jolie '. ^> Dans toutes les circonstances, les plus tristes comme les plus heureuses, au moment où elle se verra replongée dans la misère d'où elle avait espéré sortir, comme dans l'enivrement d'une condition qui dépasse ses rêves les plus ambitieux, elle a toujours l'œil à l'effet que produit sa beauté, à ce que Ton en pense autour d'elle, à l'expression noble, piquante, enjouée, sérieuse, mais toujours séante, que son visage peut avoir, A peine vêtue de sa belle robe, vite elle court dans un lieu do réunion, à l'église, et là elle tâche, « en se glissant tout doucement, de gagner le haut », non pour prier plus près de l'autel, mais parce qu'elle y aperçoit « du beau monde qui était à son aise ». Une fois installée, bien en vue : « Quelle fête! c'était la première fois que j'allais jouir un peu du mérite de ma petite figure. J'étais tout émue du plaisir de penser à ce qui allait m'en arriver, j'en perdais presque haleine; car j'étais sûre du succès, et ma vanité voyait venir d'avance les regards qu'on allait jeter sur moi. » Et la voilà, qui, peu à peu, sans affectation, attire tous les regards sur elle et jouit du dépit des autres femmes : c'est la première fois qu'elle peut être coquette, et tout en elle, gestes, regards, maintien, tend au même but et dénote un art achevé -. Elle aime d'un amour sincère, mais ce qu'elle désire plus peut-être que d'être aimée, c'est que sa beauté ne subisse pas un affront : « J'aimais un homme auquel il ne fallait plus penser, et c'était là un sujet de douleur; mais, d'un autre côté, j'en étais tendrement aimée, de cet homme; et c'est une grande douceur : avec cela, on est du moins tranquille sur ce qu'on vaut; on a les honneurs essentiels

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