L ANCIENNE BOURGEOISIE
noblesse épuisée de vices et le bas peuple aigri par ses souffrances '.
Marivaux ne lui emprunte que des personnages sympathiques. Parmi ceux-ci, bien qu'il n'abuse guère de l'uniforme, la place d'honneur appartient à deux ofTiciers. Nous en connaissons déjà un, celui qui, dans le voyage de Versailles, donne une leçon de composition littéraire à un jeune auteur ^ L'autre traverse l'histoire de Marianne d'une façon très originale. Dans un moment où la jeune fille est en butte à une de ses nombreuses épreuves, un homme se présente à elle, « d'environ cinquante ans tout au plus, de bonne mine, d'un air distingué, très bien mis quoique simplement, et de la physionomie du monde la plus franche et la plus ouverte ». Sans préambule, il expose l'objet de sa visite : « Je ne vous laisserai pas longtemps inquiète de ce que j'ai à vous dire. En deux mots, voici de quoi il sagit, mademoiselle. Je suis connu pour un homme d'honneur, pour un homme franc, uni, de bon commerce ; depuis que j'entends parler de vous, votre caractère est l'objet de mon estime, de mon respect et de mon admiration, et je vous dis vrai.... J'ai vingt-cinq mille livres de rente, mademoiselle; elles sont à vous quand vous, voudrez. » Marianne n'accepte pas, car elle aime, et l'officier a cinquante ans ; mais elle est sous le charme : « Je n'ai vu personne de si digne qu'on l'écoutât que ce galant homme; c'était son âme qui me parlait; je la voyais; elle s'adressait à la mienne ^. » Le reste de
1. Voir H. Taine, les Originex de la France contemporaine. t. I, liv. IV, chap. m; de Concourt, la Femme au xviii" siècle, ch. VI, et Aubertin, l'Esprit public au xviii" siècle (notamment première époque, chap. i, et troisième époque, chap. m).