‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 230 sur 346 · Le Paysan parvenu, quatrième partie · texte numérisé non relu

Le Paysan parvenu, quatrième partie

3. Dans le roman comme dans le théâtre, Marivaux était en avance sur ses contemporains. Peu d'années avant la Vie de

la scène achève de faire connaître le personnage, avec sa spirituelle franchise et la délicatesse de sentiments qu'il cache sous des manières brusques et rondes, mais d'une parfaite courtoisie. Marivaux dit bien que c'est un « homme de condition », mais uniquement, ce semble, pour rendre plus méritoire encore sa démarche auprès d'une orpheline, d'une enfant trouvée, car tout est bourgeois chez lui, langage, manières, sentiments. Ainsi cette déclaration sur le préjugé de la naissance : « Que m'importe à moi cette famille? Quand on la connaîtrait, fùt-elle royale, ajouterait-elle quelque chose au mérite personnel que vous avez? Et puis les âmes ont-elles des parents? iSe sont-elles pas toutes d'une condition égale? » Nous retrouvons ici des idées chères à Marivaux, celles du Jeu de V Amour et du Hasard et des Fausses Confidences.

Cette simplicité cordiale, ce ton uni se retrouvent, joints à la dignité que donne le malheur courageusement supporté, dans le pauvre et touchant ménage de M. et Mme d'Orville. Obligée, pour conserver une place à son mari malade, d'allersoUiciter M.deFécour, financier sans cœur, Mme d'Orville se rencontre chez ce dernier avec Jacob : « Figurez-vous, raconte Jacob, un visage qui n'a rien d'assez brillant ni d'assez régulier pour surprendre les yeux, mais à qui rien ne manque de ce qui peut surprendre le cceur, de ce qui peut inspirer du respect, de la tendresse et même de l'amour; car ce ({u'on sentait pour cette jeune personne était mêlé de toul ce ([ue je dis là. C'était, pour ainsi dire, une àme qu'on voyait sur ce visage, mais un(! ùme noble, vertueuse et tendre et par con-

Mfirianiic, dans les Mémoires iVun fionwic de qnnlih% l'rrvost mollirait encore, sans aucune intention satirique, 1(; prcju^c nobiliaire s'élalanl et triomphant en toute sécurité.

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