Écrite en 1760, publiée en
2. La mère des novices dans Diderot procède comme, dans Marivaux, la religieuse amie de Mme de Sainte-Hermières; la prise d'habit dans Diderot est le développement très énergique, un peu forcé, de la triste réflexion que vient de faire à Mlle de Tervire la religieuse de Marivaux, etc.
couvent où elle ira certainement, puisque Marianne l'y a trouvée, il perd bientôt de vue ce but primitif de son récit et s'égare dans une série d'aventures romanesques. Diderot, plus logique, est aussi plus complet. Il pénètre dans le cloître et observe d'un œil hardi tout ce qui s'y passe, osant tout dire, et traversant, avec la sœur Suzanne, toutes les phases de souffrances, de persécutions, de désordres qui peuvent s'y rencontrer. Le but enfin est tout différent. Marivaux n'était pas hostile au principe même des couvents, du moins il ne laisse voir contre eux aucune animosité d'opinion : il aurait simplement voulu plus de franchise, de sérieux et de prudence dans la manière dont ils se recrutaient. En tournant en ridicule l'égoïsme et le goût de bien-être d'un trop grand nombre de religieuses, il ne présentait pas ces vices comme la conséquence fatale de la vie conventuelle; il usait simplement d'un droit de moraliste, en attaquant une hypocrisie d'autant plus blâmable qu'elle se cachait sous des dehors plus dignes de respect. Diderot, au contraire, désirait la destruction des couvents; il voyait en eux des foyers secrets d'horribles désordres et des repaires de cruauté, dans la vie claustrale un état contre nature qui révoltait la raison, la morale et l'humanité.
De cette différence dans la conception et l'exécution d'un même sujet, résultent, pour Marivaux comme pour Diderot, des causes d'infériorité et de supéliinité réciproques. Diderot, soutenu par une conviction sincère, a écrit une (ruvre d'un intérêt poignant, d'une' franchise et d'une audace terribles. Son récit, nerveux, concis, rapide, d'un dramatique sombre, va droit au but, sans longueurs, sans ornements inutiles, sévère et pratique comme une arme de combat. Marivaux, plus ému cette fois et moins