‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 25 sur 346 · Représentée au Théâtre-Français, le 16 décembre · texte numérisé non relu

Représentée au Théâtre-Français, le 16 décembre

2. Taine dit spirituellement: « Au sortir du collège, un jeune homme, du temps de Voltaire, devait faire sa tragédie, comme

Marivaux voulut, lui aussi, tenter cette gloire; et cependant, personne moins que lui n'avait le génie tragique ; ses qualités mêmes, détournées de leur véritable emploi, la comédie de moeurs, ne pouvaient ici que se changer en défauts. La tragédie classique prenait toujours ses sujets dans l'antiquité ; Marivaux, partisan des Modernes et analyste, était incapable de cette puissance d'abstraction qui permet au poète tragique de résumer les traits permanents de l'humanité, comme aussi de cet effort d'esprit qui fait de lui le contemporain des personnages qu'il ressuscite; il se condamnait d'avance à de choquants anachronismes. Le genre d'amour, héroïque dans Corneille, noble et tendre dans Racine, toujours puissant et haut, qui est l'àme de la tragédie, Marivaux ne le comprenait guère que comme un sentiment de nature tempérée, aimable passe-temps d'une société légère et sceptique, plus propre aux petits stratagèmes qui font les comédies agréables, qu'aux grandes déterminations qui provoquent les catastrophes tragiques. Il n'y a pas de tragédie sans une intrigue fortement nouée, et Marivaux, incapable do former un plan mi'iri, laissait aller sa plume au gré de son caprice et des jeux de son imagination; c'est ainsi qu'il fera toutes ses comédies, où l'intrigue et l'action ont une place si peu apparente, ([u'on l'accuse volontiers de borner son invention à une situation toujours la même, légèrement variée dans le détail.

aujoiinl'liiii il iloil ('criro un arliclt; criH-onomie polili(]iio; c'iHail la pnMive alors qu'il pouiTaiL causer avec les dames, comme c'est la preuve aujourd'hui qu'il peut raisonner avec les hommes. ■- {llbtoire de la Lilléralure anglaise, t. 111, p. ."56 1.) — Et cependant, même dans ce sacrifice à, la mode, nous retrouvons Marivaux fort peu pressé de se produire. On lit dans les Nouvelles lUléraires, Amsterdam, 1120, t. XI, p. ;ii;i : « M. de Marivaux est incertain s'il fera représenter sa nouvelle tragédie tVAnniIjal. »

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