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LES DEMOISELLES DABERT. 365
escamotait les morceaux ; ils disparaissaient, sans qu'il parût presque y toucher. » Après le dîner, une petite prière en commun, « avec des tons que le sentiment du bien-être rendait extrêmement pathétiques », et une conversation édifiante, « sur le sermon du jour ou de la veille, dont elles trouvaient le sujet admirablement convenable pour monsieur ou madame une telle », jamais pour elles-mêmes.
Catherine, la cuisinière des bonnes demoiselles, est digne de les servir; dévote, elle aussi, mais dévote hardie, volontiers batailleuse, « grande, maigre, mise blanchement, et portant sur sa mine l'air d'une dévotion revêche, en colère et ardente, ce qui lui venait apparemment de la chaleur que son cerveau contractait auprès du feu de sa cuisine et de ses fourneaux, sans compter que le cerveau d'une dévote, et d'une dévote cuisinière, est naturellement sec et brûlé K »
L'arrivée de Jacob au milieu de ces trois femmes est une cause immédiate de discorde. Mlle Habert cadette, qui a quarante-cinq ans, mais dont un célibat prolongé n'a pas éteint les facultés aimantes, trouve le jeune homme fort à son goût. Mlle Habert aînée, au contraire, absolument incapable de tendresse, devine les secrets sentiments de sa sœur et veut renvoyer l'intrus. Catherine enfin le prendrait volontiers comme un remplaçant de « défunt Baptiste », à qui il ressemble « comme deux gouttes d'eau » et qu'elle « a pensé épouser ». Le ménage des deux sœurs, si longtemps uni, se dissout après une scène violente : Mlle Habert cadette s'en va avec Jacob, Mlle Habert aînée poursuit les deux complices avec acharnement devant toutes les juridictions, spirituelle et temporelle ^.