‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 271 sur 346 · Le Spectateur français, vingt, et unième feuille · texte numérisé non relu

Le Spectateur français, vingt, et unième feuille

2. Ibid. — C'est la même théorie que celle de J.-J. Rousseau, au début de la profession de foi du vicaire savoyard (Éjnile, liv. IV). 11 y a souvent une analogie frappante entre les idées philosophiques et morales de Marivaux et celles de J.-J. Rousseau. Les relever toutes n'est pas possible ici, mais ce travail de comparaison aurait son intérêt dans une édition de Marivaux; il montrerait comment, dès 1722, bien des idées que Jean- Jacques développera quarante ans plus tard, avaient été pressenties ou même nettement exprimées par Marivaux.

lion, au lieu de rékuler dédaigneusement. Mais, sous réserve de ce regret, on ne peut qu"étre de son avis lorsqu'il établit, dans un ferme et beau langage, que la morale est la première et la plus noble des sciences.

Offrir à ses lecteurs une saine morale ne suflit pas; il faut encore rendre cette morale intéressante, surtout dans un journal. Le même lecteur qui s'imposerait volontiers la tâche austère de méditer un traité dogmatique, veut être amusé par un journal, caria lecture d'un journal est un passe-temps. Chez les Anglais eux-mêmes, de tous les peuples celui qui aime le plus la morale professée sous toutes les formes, et qui sait s'ennuyer avec une patience héroïque, Addison dut s'efforcer de rendre son Spectateur attachant, presque amusant. Cette nécessité s'imposait encore bien plus à Marivaux, qui écrivait pour des Français, et des Français du xvin" siècle. Il le comprit, et rem])hiça presque toujours la dissertation par la fiction instructive, le conte ou le roman philosophique, l'allégorie, etc. Fniiu, par goût personnel, comme Montaigne ', il voulait la vertu, aimable, accessible, nullement pédante ni maussade :

Les gens d'cspril gàlciil loiil. dil l'in(li;.,'i'iil |>hiliiso|ilie; ils l'ont de la vertu une précieuse, qui est toiijniii-- en |i('ine de savoir comment elle fera pour se guinder liieii liaut, pour se distinguer. Mais je leur apprends, moi, de dessus mon escaljeau, qu'il n'y a rien de si simple (pie ce ([u'on appelle vertu, bonne morale ou raison... l.a raison nous coule de source, (piand nous voulons la siiivri'. .le dis la véritable raison, car cillc ipi'il faut cliei'clirr. cclli' raison

I. Il y a une ri'sscnililaiico IVapiiaïUL- entre tout, le i)assage que je vais citer et le passage fameux de Montaigne sur la vertu {Essais, I, xxxi\') : « La vertu n'est pas, romnic dict l'esciiole, plantée à la teste d'un mont » etc. .Marivaux aimait cl lisait Montaigne; voir ci-après, p. oSo.

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si nne, si sjiintuello cl si sublime, n'est pas bonne; c'est nous (jui la Taisons celle-là, c'est notre orgueil qui la forge; aussi la i'ait-il gigantesque, afin qu'elle nous étonne i.

Quelques-uns de ces morceaux, où « la raison coule de source », en effet, sont excellents. Ainsi, dans le genre habituel à Marivaux, les mémoires de la coquette corrigée -, le charmant petit conte d'Éléonore et de Mirski ■*, que l'on croirait, sauf la chasteté et la délicatesse du pinceau en un sujet très scabreux, détaché du Décaméron de Boccace ou des Nouvelles de la reine Marguerite, le voyage dans le Nouveau- Monde *, l'amusante lettre du mari qui déplore léco-

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