‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 283 sur 346 · l'ensèes, art. m, édit. Havel, t. I, p · texte numérisé non relu

l'ensèes, art. m, édit. Havel, t. I, p

caractères essentiels delà loi, d'être universelle, uniforme, invariable :

Que les coutumes, que les usages particuliers des hommes soient défectueux, cela se peut bien : aussi ces coutumes sont-elles aussi variik's qu'il y a de nations diverses; mais celte loi, qui nous prescrit d'être justes et vertueux, est partout la même.... Il n'a pas été nécessaire que les hommes aient dit : Voilà comment il faut être juste et vertueux; ils ont dit seulement : Soyons justes et vertueux. Cela leur a suffi, cela s'entend partout, et n'a besoin d'explication dans aucun pays '.

Cette conception de la loi morale n'empêcbe pas Marivaux de reconnaître de quelle manière inégale et défectueuse la justice est trop souvent appliquée par lesbommes. Il relève même, avecune mordante ironie, les inconséquences de leursjugements. C'est ainsi ([u'il montre, par les discours d'un père à son fds, la situation très différente du pauvre et du riche devant l'opinion -. Mais ces incertitudes humaines n'empêchent pas les règles essentielles de la morale d'être fixes et nettes.

Ces règles une fois posées, Marivaux les applique avec un large esprit de tolérance. Il ne fait dépendre la morale d'aucun dogme, comprenant que, pour être

t. Le Speclaleur français, vingt et unième feuille. — Coltc théorie do, la conscience venait à Marivaux du milieu où il s'était formé. Mme de Lambert, dit Sainte-Beuve, « est l'un des premiers moralistes qui, au sortir du xvu° siècle, soicnl revenus à l'idée très peu jansL'niste que le cœur humain est assez naturellement droit, et que la conscience, si on sait la consulter, est le meilleur témoin et le meilleur juge... Elle donne, à sa manière, le signal que Vauvenargues, à son tour, reprendra, et qui, au mains de Jean-Jacques, deviendra un insirumcnl de révolution universelle. » {Causeries du Lundi, I. IV. p. -yw.)

■1 Le Speclaleur français, vingt-druxicnie fiMiilIc

inaltaqual)le, elle doit ne relever que d'elle-même et découler directement de l'idée du bien. Celte tolérance toutefois n'exclut pas une sévérité plus nécessaire au moment où il écrivait que jamais, malgré l'admiration complaisante de ses contemporains pour leur siècle. Devant certains vices de son temps, Marivaux sort à l'occasion de son indulgence habituelle ; il a des cris de colère et des accès d'indignation. Une de ses plus belles pages, déjà signalée \ est celle où il fait raconter par une jeune fdle les tentatives de séduction auxquelles l'expose la misère. C'est, peut-être, le morceau le plus émouvant que puisse offrir toute la littérature du xviii^ siècle. Une éloquence passionnée sans déclamation, une vigueur de langage sans crudité, une pitié sincère et profonde s'y réunissent pour flétrir un vice qui n'est point particulier au siècle dernier, mais qui sévissait alors plus odieux que jamais, car la débauche se faisait comme un point d'honneur de mépriser et d'avilir la femme-. Toutes les fois qu'il parle de la triste situation d'une femme séduite et abandonnée, Marivaux est admirable d'élévation et de force. Qu'on lise, par exemple, la lettre qu'il fait écrire par une jeune fille, victime d'un excès de confiance, à celui qui l'a trahie ^. Mais que valent les serments prodigués en pareil cas aux femmes par les hommes? Le séducteur va nous le dire lui-même, avec un cynisme effronté :

Un homme amoureux est-il responsable des serments qu'il fait? Peut-il s'empêcher de les faire? Est-il son maître? A-t-il de la raison? Si, dans un transport au cerveau, j'avais juré de me tuer, au sortir de là, serais-je obligé

t. Ci-dessus, p. 400, n. ri.

2. Voir de Goncourt, la Femme au xviii" siècle, p. 18o et suiv.

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