Pièces détachées, Deuxième lettre à madame M
Outre les réflexions sur la coquetterie disséminées çà et là dans ses œuvres morales, il a écrit l'histoire complète d'une coquette, depuis le jour oîi le désir de plaire s'éveille pour la première fois chez la jeune fdle, jusqu'au jour où il s'éteint chez la vieille femme, jour bien tardif, car la coquette de Marivaux ne se décide à abdiquer qu'à soixante-quatorze ans passés. Cotte histoire ' est un petit chef-d'oeuvre d'observation, de vérité, même de naturel, quoique le sujet semble nécessairement a.])i:ie\cv\e marivaudage . Toutes les phases de la coquetterie y sont décrites avec une science du sujet qu'une femme égalerait à peine. On l'y voit d'abord inconsciente et timide, puis sûre d'elle-même et confiante, plus tard, inquiète aux approches de làge, ingénieuse, inventive, réduite bientôt à lutter contre l'injure des ans, enfin désespérée, mais non découragée, faisant bonne contenance jusqu'à l'extrême limite de la vieillesse. C'est la psychologie complète de la coquette.
Si la coquetterie est amusante à observer chez la femme, elle l'est bien davantage chez l'homme, car, ici, elle se complique de ridicule à un degré surprenant. Marivaux ne tarit pas sur les jeunes fats; il les crible d'épigrammes tantôt courtes et vives, tantôt développées jusqu'à la satire; il ne perd aucune occasion de faire rire à leurs dépens. Il les montre « vains, mais très sérieusement vains et comme chargés do l'obligation de l'être », s'olfrant à l'admiration |)ul»li(iuo avec la confiance ravie de gens « étonnés de la noblesse de leur figure, et qui certainement comptent sur un égal étonnemont dans les autres »,
I. Déjà mentionnée ci-dessus, p. 309, n. 2. — Voir encore, sur la coquetterie, la cinquième feuille du Cabinet du P/iilosopfie. Indulgent dans les passages cités plus haut, Marivaux est tout à fait sévère dans celui-ci.