‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 302 sur 346 · L'Indigent pititosoplie. cinquième feuille · texte numérisé non relu

L'Indigent pititosoplie. cinquième feuille

égoïste, pût s'unir à rextrème avarice en matière de charité. La vue d'un grand seigneur passant avec indifférence près d'un mendiant l'indignait. Quant à l'inégalité fatale de la distribution des richesses , il n'était pas assez économiste pour l'expliquer en la justifiant; il ne trouvait pas la solution d'un problème qui choque l'instinct de la justice. S'il s'est trompé, c'est par excès de sympathie pour ceux qui souffrent, de colère contre ceux qui jouissent aux dépens de leurs semblables. Cette sensibilité, cette tendresse pour les humbles et les petits, si rares encore au moment où il écrivait ', serviraient d'excuse à des erreurs plus graves. Elles suifisent pour assurer aux œuvres morales de Marivaux, en dépit de vues erronées, et, ce qui est plus grave en littérature, en dépit de beaucoup d'incohérences et de longueurs, toujours Testime et parfois l'admiration de ceux qui consentiront à les parcourir.

1. On a vu plus haut (p. 300, n. 1) ce que d'Alembert et bien d'autres pensaient des petites gens; ils les jugeaient indignes d'occuper la littérature. C'est encore Vauvenargues qui, avec .Marivaux, fait exception sur ce point à la règle générale. On trouve dans ses œuvres plusieurs passages où il égale la sympathie de Marivaux pour ceux qui souffrent, quelques-uns où il la surpasse. Voir surtout une page longtemps inconnue et mise en lumière par son dernier éditeur {Réflc.rions sur divers sujets, XL, Œuvres, p. 97), et qui est assurément une des plus belles qu'il ait écrites.

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