LA CRITIQUE SFXO.N MARIVAUX. — LES CRITIQUES DU XVIII* SIÈCLE
ADiVIIRATION DE MARIVAUX POUR LA MOTTE. — ATTAQUES CONTRE
HOMÈRE : « l'iLIADE TRAVESTIE ». IDÉES SUR l'aNTIQUITÉ.
— LE GÉME ET LES GRANDS HOM.MES. — JUGEMENTS SUR LES CON- TEMPORAINS ; MARIVAUX ET MONTESQUIEU. — CLASSIKICATION DE TALENTS — DÉFENSE DE LA LITTÉRATURE CONTRE LA SCIENCE ET LA PHILOSOPHIE. — LE « MIROIR » ; LE PROGRÈS LITTÉRAIRE.
Une assez grande partie des œuvres morales de Marivaux est consacrée à la critique; les diverses formes que celle-ci peut revêtir, théorie, appréciation des oeuvres d'autrui, apologie personnelle, s'y rencontrent en maint passage d'un vif intérêt. Avec Marivaux, cette part donnée à la critique était inévitable : même en écrivant des journaux de morale, il restait littérateur et l'on verse toujours du côté où l'on penche, surtout quand on a pour qualités dominantes cet esprit de finesse et d'analyse qui trouve dans la critique littéraire un de ses emplois les plus naturels.
Marivaux fut donc critique; et cependant il avait pour la critique une aversion, une haine des moins dissimulées. Il la méprisait à la fois et la craignait. Il a beau dire, en effet, que, si la critique est bonne, il en fait son profit, que, si elle est mauvaise, ou s'il la croit telle, il « lève un peu les épaules sur ceux
qui la font' »; en réalité, la moindre piqûre lui est douloureuse; en présence des reproches qu'on lui adresse, il se décourage et jette la plume. Les interruptions du Spectateur n'ont souvent pas d'autre cause que ces accès de dépit; lui-même en fait l'aveu au début de la septième feuille.
Il se dédommage en critiquant à son tour, mais toujours en général, sans noms propres, ceux qui le critiquent lui-même. Il les trouve injustes, tranchants, peu consciencieux, plus propres à décourager qu'à encourager les talents. A l'en croire, « leurs prétendus jugements ne sont que des expressions méprisantes, et qui, sans autre examen, se terminent à dire crûment d'un ouvrage, cela ne vaut rien^ cela est détestable ». Or, « ces sortes de raisonnements à leur tour ne valent rien et sont détestables. « Un homme de goût, s'il n'a pas une présomption ridicule, peut bien dire d'un livre : « Il ne me plaît pas », mais « il ne décidera jamais qu'il est mauvais qu'après avoir comparé ses idées à celles des autres. » Malheureusement, ces prétendus juges sont avant tout gens de parti et de prévention :
En premier Heu, l'auteur esl-il de leurs amis? N'en est-il pas ? Est-il de leur opinion en général sur la façon dont il faut avoir de l'esprit?... Voilà par où l'on débute pour un livre. On lit après, et que lit-on? Sont-ce positivement les idées de l'auteur? Non ; il n'y a plus moyen; sa secte les a métamorphosées, toutes gâtées d'avance, ou toutes embellies.
L'arrêt une fois rendu, le livre déclaré excellent ou détestable, le siège du critique est fait. Les objections les plus raisonnables ne changeront rien à sa