Préface de. V Iliade travestie
■2. Le Spectateur français, troisième feuille. — Dans le Miroir, il ne craint pas de mettre « la sagacité de l'esprit de La Motte » sur la même ligne que <• l'inimitable élégance de Racine » et « le puissant génie de Corneille ».
mier rang, du moins le plus d'espace. Il trouve que, malgré la réputation dont La Motte a joui de son vivant, on ne lui a pas rendu pleine justice. Il s'efforce d'établir que s'il a eu u tant de contradicteurs », c'est « qu'il était bon à tout », et que, par là, il excitait trop de jalousies et bravait le préjugé absurde qui veut que l'on ne soit bon qu'à une chose.
Une pareille admiration, aveugle, absolue, persistante, est presque du fanatisme. On a peine à la comprendre chez Marivaux, qui, d'ordinaire, se montrait peu enclin à l'enthousiasme, habile au contraire à découvrir le point faible des choses, attentif à ménager l'éloge et à se tenir en garde contre toute duperie.
Cette surprise d'admiration a plusieurs causes. D'abord, on l'a justement remarqué, La Motte possédait au suprême degré ces faux semblants de « génie », qui font si souvent illusion à des contemporains et qui peuvent pour un temps usurper le suffrage des meilleurs juges, le spécieux '. De plus, en faisant l'éloge de La Motte, Marivaux faisait, sans s'en douter, le sien propre. Quelle qualité relevait-il de préférence chez son ami? La finesse, et lui-même valait surtout par là. Phénomène qui n'est point rare dans l'histoire littéraire, il s'admirait dans autrui. Enfin, qu'il s'en rendît compte ou non, il aimait dans La Molle un ennemi de la poésie, que lui-même avait le malheur de ne pas aimer. Afïaire de rancune peutêtre chez Marivaux, ([ui maniait si gauchement le vers, affaire de principe chez La Motte, qui, après avoir écrit un très grand nombre de vers, s'avisa
1. Nisard, Histoire de la LUléralure française, l. IV. p. 23; voir aussi V. Fournel, Lilléralurc indépendante, p. lOi'i, ('(, H. Ilig.iull, Histoire de la querelle des Anciens et des Modernes, troisième partie, chap. n.