LE GEME ET LES GRANDS HOMMES
à la lecture réitérée de leurs ouvrages, qu'ils ont fait à la première ! Ce qui véritablement est beau, lai-aison Tavouera toujours pour beau; le plus ou le moins de sensibilité que laissera l'habitude de le voir, ne le dégradera point de ce qu'il est : mais telle est la faible nature de l'homme, qu'il s'accoutume et se familiarise avec les choses les plus belles. La première représentation d'un médiocre nouveau nous pique et nous intéresse plus que le beau réitéré, avec cette différence qu'on le méprise quand on l'a vu '.
C'est là une idée de Fontenelle, qui manquait, ainsi que La Motte, du sens de l'admiration, et c'est à propos de Fontenelle que Nisard réfute éloquemment l'erreur qui tendrait à remplacer la contemplation reconnaissante et féconde du beau par l'intérêt passager d'une curiosité changeante, mère du scepticisme et du dégoûta Heureusement pour lui, Marivaux, tout en considérant les beautés littéraires comme de froides notions, saura tirer de cette vue erronée une théorie intéressante et neuve, quoique discutable.
Toutefois, malgré cette regrettable infirmité de jugement qui l'empêcha longtemps de reconnaître la puissance créatrice et réternelle jeunesse du beau, Marivaux revint sur son erreur et sut rendre hommage au génie qu'il avait nié. On a vu ses jugements, sans enthousiasme, mais non sans justesse, sur quelques écrivains de l'antiquité. Il marchande moins l'éloge à quelques modernes et, s'il ne les déclare pas grands hommes, c'est tout comme : il les montre grands au lecteur. Voici, par exemple, un très bel éloge de Descartes :
... Cet homme unique, à qui tous les hommes des siècles à venir auront l'éternelle obligation de savoir penser,