‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 333 sur 346 · Voir ci-dessus, p. 1G · texte numérisé non relu

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2. Marivaux a une très grande part dans ce travail d'assouplissement de la prose, grâce auquel celle-ci, depuis le milieu du xviii" siècle, a pris de plus en plus au théâtre la place du vers. Il estimait, selon d'Alembert (p. 007, n. o), que la ■< prose est le vrai langage de la comédie •>. Ce remplacement des vers par la prose dans la haute comédie est-il un bien ou un mal? Voir les opinions différentes de M. Nisard (Histoire de la Littérature française, t. IV. p. 545) et de Th. Gautier {Histoire de Parc dramatique, t. VI, p. 180). Récemment M. P. Bourget a repris la question dans une étude sur VEmploi des vers au théâtre {Études et portraits, t. I, p. 32y et suiv).

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finesses et en dissertations infinies; le style est donc rapide, naturel, imagé sans excès de métapliores. Un très grand nombre de pages sont écrites avec une vigueur sobre; l'expression touchante, le cri pathétique abondent, tantôt dans de longs récits, comme l'abandon de Marianne au milieu de Paris, la mort de M. de Climal, celle du fils de Mme Dursan, tantùt dans ces courts et vifs passages, si nombreux dans l'histoire de la Religieuse, par exemple. Un lecteur qui ne connaîtrait Marivaux que par la définition de La Harpe et une ou deux comédies, croirait difficilement, s'il lisait sans nom d'auteur l'interrogatoire de Marianne chez le ministre, l'explication de la jeune lille avec Valville, etc., que ces morceaux sont de la même plume que les Surprise de r Amour ou les Serments Indiscrets. Ailleurs le persiflage prolongé, la raillerie filée et comme caressée, les coquetteries de la pensée et de l'expression font place au comique naturel et franc, aux répliques rapides, aux récits lestement enlevés : ainsi dans l'entrevue de M. Bono et de Mme d'Orville, dans les explications de Jacob avec M. Doucin, dans ses conversations avec Geneviève, avec Mlle Habert ahiée, avec Mmes de Fécour et de Ferval, etc.

Dans les œuvres morales, ie marivaudage ne reparaît guère que sous une forme, l'abus de la finesse dans la pensée. Les expressions affectées sont rares, mais les dissertations tournent trop à l'analyse des inlinimcnt petits. En revanche, grande est la variété des tons et la souplesse de la forme. C'est ici surtout qu'éclatent les qualités dont nous parlions lout à l'heure, si différentes du marivaudage^ l'éuergic, \l\ pathétique, l'élan généreux, traduits dans un style simple ou élevé, concis ou ample, rapide ou majestueux. Jamais on n'a écrit langue plus saine, plus

ferme, plus sobre crépilhèlos, plus éloignée de Faffectation et de l'enflure, qu'en bi(Mi des pages du Spectateur et du Cabinet du Phitosop/n;.

Le sens du mot marivaudage ne sufllrait donc pas à caractériser le talent de Marivaux comme écrivain; il dit trop et trop peu, et Sainte-Beuve trouve avec raison que notre auteur, « considéré dans Fensemble, vaut mieux que la définition à laquelle il a fourni occasion et sujet '. » On prouverait aisément que la langue française lui est redevable d'un grand nombre de tours ingénieux et d'expressions heureuses, dont on ne reporte pas l'honneur à l'écrivain qui les créa.

A ces qualités diverses, Marivaux en joint une autre, exquise et rare, qui est son plus grand charme. Il n'en est jamais entièrement dépourvu; elle relève d'un trait, d'un mot, d'un tour fugitif et insaisissable, les moindres de ses ouvrages, certaines de ses pages les moins bien venues. Je veux parler de ce don particulier, qu'on ne peut caractériser qu'en renonçant à le définir, le je ne sais quoi, ce mélange de grâce et de facilité, de simplicité et d'artifice, don naturel que n'avait pas toujours lexvii" siècle, et que le xviiF possédait au plus haut degré. C'est lui qui relève d'un attrait si vif les œuvres artistiques ou littéraires de ce temps, les plus élevées comme les plus frivoles, les croquis prodigués par les Saint-Aubin ou par Moreau d'une pointe rapide, comme les fêtes italiennes de Watteau ou les scènes intimes de Chardin, les petits vers, les lettres, les romans de Voltaire comme ses grandes études historiques, les Lettres persanes comme la Pluralilé des mondes, Vert- Vert comme la Métromanie. Marivaux l'a caractérisé avec

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