MARIVAUX ET VOLTAIRE
Il aurait pu rendre coup pour coup; mais il n'aimait point ces attaques personnelles; il s'en prenait aux doctrines, jamais aux personnes, et l'on ne trouve dans ses œuvres ni le nom de Voltaire, ni celui d'aucun autre de ses ennemis. Il se contentait de lancer contre lui, dans la conversation, des traits dont quelques-uns nous ont été conservés : « M. de Voltaire, disait-il, est la perfection des idées communes; » ou bien : «M. de Voltaire^est le premier homme du monde pour écrire ce que les autres ont pensé ^; » DIT bien encore ce mot moins connu : « Ce coquin-là a un vice de plus que les autre; il a quelquefois des vertus'. » Enfin, à ses yeux, Voltaire était le bel esprit par excellence, au mauvais sens du mot, le « bel esprit fieffé •' ».
En 1735, Voltaire publie ses Lettres philosophiques^ qui lui valent une condamnation du Parlement et déchaînent ses ennemis . Un libraire, désireux de profiter de l'occasion et connaissant l'antipathie de Marivaux contre Voltaire, lui demande une réfutation àes Lettres. Malgré le prix, considérable pour l'époque, qui lui est offert, cinq cents livres, Marivaux refuse : il lui répugne de saisir, pour attaquer son ennemi, le moment où tout semble conjuré contre lui. Voltaire, alors à Cirey, apprend la proposition ; aussitôt, craignant qu'elle ne soit acceptée, il veut désarmer par des compliments celui qu'il avait blessé, et il écrit une lettre des plus flatteuses pour Marivaux, espérant bien qu'elle lui sera montrée.
1. Selon Desnoiresterres {Voltaire et la Société française au ivni" siècle, t. II, p. 356), le mot serait de La Beaumelle, dans la Vie de Mauperiids, p. o9.
2. Cité par Desnoiresterres, Voltaire à la cour, p. 37, d'après Jamet, Strotnates, aux mss de la Bibliothèque nationale, p. 1030 bis.