‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 64 sur 346 · De La Porte, Préface de 17(3o, p · texte numérisé non relu

De La Porte, Préface de 17(3o, p

2. C'était une satire plaisante, quoique un peu chargée, du caractère français. La comédie de Boissy est du 19 juillet 1727, celle de Marivaux du 20 septembre de la même année. Voici le passage de Vile de la Raison où l'on vit une critique : « Je t'accuse d'être vain, dit le chevalier au marquis; lu en conviens, tu badines de ta propre vanité : il n'y a peut-être que le Français au monde capable de cela.... Va-t'en, par exemple, chez une nation lui exposer ses ridicules, et y donner hautement la préférence à la tienne : elle ne sera pas assez forte pour soutenir cela, on te jettera par les fenêtres. Ici, tu verras tout un peuple rire, battre des mains, applaudir à un spectacle où on se moque de lui, en le mettant au-dessous d'une autre nation qu'on lui compare. L'étranger qu'on y loue n'y rit pas d'aussi bon cœur que lui, et cela est charmant. » (Prologue, se. I.) U'Alembert ne fait aucune difficulté de croire au démenti de Marivaux. Dès 1759, l'abbé de La Porte avait écrit à ce sujet : « M. de Marivaux déclare qu'il n'a eu aucun dessein d'attaquer l'ouvrage de M. de Boissy; et il doit en être cru sur parole. M. de Boissy méritait des égards, et M. de Marivaux est incapable d'en manquer. » {V Observateur litléraire, 1759, t. I, p. 78.)

3. Préface de Vile de la Raison. — Tous les confrères de Marivaux au théâtre n'observaient pas à son égard cette réserve délicate; on trouve dans une pièce de Destouches, apologie infatuée du poète par lui-même, cette allusion transparente contre le marivaudage : • Une comédie (la sienne) réussit de nos

Au-dessous de ses confrères, venaient les critiques « qui n'étaient que cela * »; or, au xv!!!*^ siècle, l'espèce était médiocrement estimable. Marivaux n'aimait pas plus leurs éloges que leurs blâmes. Lespremiers lui paraissaient trop souvent porter à faux, et, en ce cas, il en était « presque aussi révolté qu'il aurait pu l'être d'une épigramme ou d'une satire - ». Quant à leurs attaques, encouragées « par une modération dont ils n'ont que trop abusé •'' », il les traitait avec un mépris dont l'expression énergique est venue jusqu'à nous : « J'en fais justice en ne les lisant jamais, disait-il de leurs libelles, et si tous les honnêtes gens en faisaient de même, cette vile espèce périrait bientôt d'inanition ^. » Favorables ou hostiles, il les comparait volontiers à un sot enfant « que son père aurait décoré d'une charge de judicature, ne pouvant en faire quelque chose de mieux '\ »

Une seule fois Marivaux crut devoir riposter. L'attaque venait, en efifet, d'un véritable écrivain et qu'on lui opposait volontiers, Crébillon fils ^. Dans un roman oublié aujourd'hui, VÉcumoire ", celui-ci

jours, dit-il ironiquement, sans pensées brillantes, sans mots hasardés, sans phrases nouvelles, sans métaphysique, sans allégories, sans pointes, sans équivoques. Je n'y survivrai pas.... Voilà donc le style naturel qui va revenir à la mode! Quoi! il faudra parler pour être entendu, et écrire comme on parle! J'aime mieux jeter la plume au feu. » {L'Envieux ou la Critique du Philosophe marié, xii.)

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