‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'apres de nouveaux documents (volume 4)Chapitre 63 sur 346 · MARIVAIX ET LE SAGE · texte numérisé non relu

MARIVAIX ET LE SAGE

Ton sonnet n'e<;t qu'un jiompeux galimatias, et il y a dans ta préface des expressions trop recherchées, des mots qui ne sont point marqués au coin du public, des phrases entortillées, pour ainsi dire. En un mot ton style est singulier, les livres de nos bons et anciens auteurs ne sont pas écrits comme cela. — Pauvre ignorant! s'écria Fabrice, tu ne sais pas que tout prosateur, qui aspire aujourd'hui à la réputation d'une plume délicate, affecte cette singularité de style, ces expressions détournées qui te choquent. Nous sommes cinq ou six novateurs hardis, qui avons entrepris de changer la langue du blanc au noir; et nous en viendrons à bout, s"il plaît à Dieu, en dépit de tous les beaux esprits qui nous chicanent sur nos nouvelles façons de parler. Nous sommes secondés par un nombre de partisans de distinction; nous avons dans notre cabale jusqu'à des théologiens. Après tout, notre dessein est louable; et, le préjugé à part, nous valons mieux que ces écrivains naturels qui parlent comme le commun des hommes. Je ne sais pas pourquoi il y a tant d'honnêtes gens qui les estiment K

Suit un exemple, proposé par Fabrice, « du brillant », du « délicat », du « mignon », que les novateurs de style poursuivent en torturant les mots. Marivaux ne répondit pas plus à Le Sage qu'à Desfontaines ^. « J'aime mon repos, disait-il à Mme de

1. Gil Bios, livre VII, chap. xni. — Le Sage raille encore le précieux et le marivaudage, qu'il appelle ■• le langage proconchi », au chapitre LXII du Bachelier de Salamanque. Dans le prologue d'une de ses pièces du théâtre de la Foire, les Désespérés, il souhaitait à la Comédie-Française d'être préservée « de nouveaux Serments indiscrets. >•

2. Pas plus qu'à Palissot, qui, dans sa comédie des Tuteurs (1752), désignait les comédies de notre auteur par ces deux vers souvent répétés :

Une mëtapliysiquc où le jargon domine.

Souvent imperceptible à force d'être fine.

Après la mort de Marivaux, Palissot revenait à la charge et lui donnait place dans sa Dunciade (1764). Voir aussi la première édition de ses Mémoires pour servir à Vliistoire de la Littérature française (1761), où il le critique sévèrement. Dans les

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Tencin, et je respecte celui des autres K » Il avait le mépris des personnalités et s'en défendait comme d'une mauvaise action. On voulut voir dans le prologue d'une de ses comédies, Vile de la liaison, quelques traits indirects contre une pièce contemporaine, le Français à Londres, de Boissy ^ ; il prolesta avec une chaleur d'indignation, qui montre l'honnête homme profondément blessé par cette seule supposition : « La façon dont je me suis conduit jusqu'à pr,ésent, écrivait-il à ce sujet, prouve assez combien je suis éloigné de cette bassesse; ainsi, ce n'est pas une accusation dont je me justifie, c'est une injure dont je me plains ^ »

éditions suivantes, il est plus étjuitable: voir celle de Genève, 1775, p. 134 et suiv.

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