Mémoires dit duc de Luynes, t. IV, p
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Desfontaines, nous prouverait, si nous ne le savions par une expérience journalière, que les récits faits pour le public sont rarement la vérité vraie. Il n'y a trace chez Desfontaines de l'incident relevé plus haut; tout semble s'être passé pour le mieux. Le critique fait des prodiges de souplesse pour ménager également deux orateurs dont l'un a si fort maltraité l'autre. A ce moment, sans doute, il était en assez bons termes avec Marivaux; d'autre part, ecclésiastique et bien pensant^ il tenait à ne pas désobliger un prélat. Pour Marivaux, il se contente d'analyser son discours, en relevant çà et là quelques expressions affectées et cette partie de son compte rendu, si elle est timide et pédante, renferme cependant des observations judicieuses. Pour Languet, il aflirme qu'il a « critiqué poliment et modérément les écrits de Marivaux » et, qu'en blâmant leur genre, il a déployé « un zèle vraiment apostolique ' ».
Telle fut cette réception, qui mérite d'être rapprochée de quelques autres où le langage tenu au récipiendaire contrastait singulièrement avec l'honneur qu'il recevait. On avait eu auparavant celle de M. de Noyon, agréablement persiflé par l'abbé de Caumartin; on eut plus lard celle de M. de Roquclaure, évêque de Senlis, à qui l'abbé de Voisenon adressait une harangue soulignée à chaque phrase par les rires du public; celle de La Harpe, l'irritable et belliqueux critique, devant lequel l'éloge de Colardeau, l'aimable et doux poète, parut, dans la bouche de Marmontel, une satire personnelle; enfin, plus près de nous, celle d'Alfred de Vigny, vraiment malmené par M. Mole, à la grande joie de Sainte-Beuve -.
1. Observations sur les écrits modernes, l. XXXII, p. 13 et suiv.