MARIVAUX ET M™" DE POMPADOUR
pour le temps, montrer beaucoup de sévérité, car Marivaux se trouvait ici en compagnie de gens tels que Voltaire, Crébillon père, Buffon, Montesquieu, sans parler de littérateurs de moindre importance, comme Marmontel. Si pourtant Ton pense comme Collé, il faut tenir compte à Marivaux de ceci, qu'il ignora longtemps cette obligation. Il avait obtenu sur la cassette du roi une pension de trois mille livres. Avec ses habitudes, cette pension ne l'avait pas mis à Tabri du besoin, et un jour, dans une visite à l'abbé de Voisenon, il lui avouait en confidence que, si la générosité du roi ne lui venait encore en aide, il serait' obligé de quitter Paris pour aller chercher en province une modeste retraite '. Quoique Marivaux ne l'eût chargé de rien, Voisenon s'empresse, dans une excellente intention, de faire part à la duchesse de Choiseul de cette confidence. La duchesse en parle de son côté à Mme de Pompadour; celle-ci s'étonne et répond qu'elle a fait tout le possible pour Marivaux : elle lui a obtenu, en effet, une pension de quinze cents livres, portée depuis à trois mille. Voisenon eut le tort de ne pas taire ce qu'il venait d'apprendre ; il le rapporta à Marivaux, qui se croyait uniquement le pensionné du roi, et pour lequel ce fut un cruel chagrin de se savoir protégé depuis plusieurs années par la favorite. Cette découverte aurait hâté sa fin -.
Une passion aussi coûteuse que noble, dont la pauvreté n'avait pu guérir Marivaux, la charité, prenait beaucoup sur ses modestes ressources. « Avec une fortune très bornée et que beaucoup d'autres auraient appelée indigence, il se dépouillait de tout en faveur