Voisenon, Œuvres, t. IV, p
2. Ici., ibid., t. IV, p. 90 : « Marivaux, voyant que j'avais découvert le mystère, me battit froid, toml:)a dans la mélancolie, et mourut quelques mois après. »
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des malheureux '. » Ses ouvrages et sa pension lui donnaient « environ quatre mille livres, mais il n'en dépensait que quinze cents pour ses besoins, et le reste était employé pour ceux des autres ^ ». On le vit souvent « sacrifier jusqu'à son nécessaire pour rendre la liberté et même la vie à des particuliers qu'il connaissait à peine, mais qui étaient ou poursuivis par des créanciers impitoyables ou réduits au désespoir* ». Connaissant par lui-même la pudeur de la pauvreté fière, il excellait à ménager la susceptibilité des cœurs aigris par les soufTrances; « il sauvait aux malheureux en les soulageant la honte qu'on a attachée aux bienfaits qu'un état peu aisé nous met dans le cas de recevoir * ».
Il avait surtout le respect de la misère digne, la plus poignante de toutes, la plus lourde à porter, celle qui se cache, au lieu de s'étaler, cjui ne mendie point, et qui voudrait être comprise à demi-mot. Un vrai pauvre, attiré par sa réputation de bienfaisance, vint lui parler de sa triste situation; il n'était pas mal vêtu; son extérieur était propre et décent. Craignant d'être dupe ou ne comprenant pas, Marivaux le laissa partir sans lui rien donner. Le malheuri^ux revint quelques jours après, couvert de haillons cette fois : Marivaux fit en sa faveur tout ce qu'il pouvait et s'excusa avec effusion d'avoir réduit un malheureux à montrer sa détresse ^.
Sa bonté était parfois aussi spirituelle que tou-