‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 100 sur 445 · En parlant Aii. Mercure. Des ouvrages de C esprit · texte numérisé non relu

En parlant Aii. Mercure. Des ouvrages de C esprit

2. Ibidy § 3, en parlant d' « un ouvrago moral » écrit par un magistrat du temps.

MARIVAUX ET VOnTENËLLE. 161

qae quelques airs pour les divertissements qui les terminaient ^ Enfin les Poésies pastorales de Fontenelle, les plus fausses, sans contredit, qu'ait produites un genre déjà faux au temps de Virgile, badinages de salon transportés dans un cadre qui n'avait de champêtre que le nom, travestissement de mar* quises raisonneuses et de beaux esprits en bergei*s enrubannés, n'ont aucun rapport avec les paysanneries de Marivaux,

1. Si Marivaux semble avoir attaché peu d'importance aux divertissements de ses pièces (on a vu ci-dessus, p. 36, qu'il les abandonnait à des collaborateurs), les comédiens italiens les montaient avec soin et les accompagnaient d'une musique souvent originale et gracieuse : on sait (voy. ci-dessus, p. A7, n. 2) que leur troupe comprenait des artistes spécialement chargés de cette partie du spectacle. Us préparaient ainsi la voie à l'opéra-comique, et celui-ci, longtemps persécuté sur les scènes de la Foire, enfin accueilli en 1762 par les Italiens dans la salle de la rue Mauconseil, finit par en chasser ses bétes : la Comédie- Italienne mourait quelques mois à peine avant Marivaux, et les pièces de celui-ci passaient au répertoire de la Comédie- Française.

Les comédies de Marivaux se mariaient du reste admirablement à la musique vive, spirituelle et facile, qui, sous le nom d'opéra-comique, est un genre aussi français qu'italien ; on a pu le voir par une expérience récente, L'Opéra-Comique, après avoir pris au siècle dernier la place des interprètes de Marivaux, donnait, le 31 octobre 1877, l'hospitalité à ce dernier : il représentait la Surprise de F Amours réduite en deux actes et mise en vers par M. Charles Monselet, avec musique de M. Ferdinand Poise. Le succès de cette soirée fut très vif; on goûta également l'adaptation de M. Monselet et la partition de M. Poise; celle-ci, savante et claire, originale et distinguée, avec une pointe d'archaïsme voulu et de fine préciosité, était tout à fait digne de Marivaux, et si la Comédie-Française, qui, depuis quelques années, pratique avec succès la restitution de nos anciens chefsd'œuvre dramatiques, voulait nous rendre une comédie de Marivaux avec le divertissement, la musique de M. Poise, à défaut de la partition primitive, donnerait à merveille l'illusion de l'ancien accompagnement.

Ces divertissements étaient autrefois la règle; ils ne sont plus queTexception. Les comédies modernes n'en ont jamais ; quant aux comédies anciennes, il faut qu'un directeur artiste ait l'idée de les remonter au complet, pour que nous puissions voir, à titre de curiosité archaïque, quelqu'un de ces ballets, mascarades, etc., qui charmaient nos pères. M. Th. de Banville les regrette en ces termes : « Danse, Musique, Poésie, les Muses sont sœurs; Molière, Regnard, Marivaux, tous les grands poètes l'entendaient ainsi; cependant on s'obstine à séparer ces compagnes, qui voudraient se tenir embrassées et bondir ensemble d'un pas agile et sonore! Avec six chanteurs et six danseurs, et le petit orchestre d'autrefois, sottement remplacé par des fauteuils d'où l'on ne voit que du bois peint en marbre, queue vie on redonnerait au répertoire, en remettant à leur place, dans les comédies, les ballets et les divertissements de Molière I » {Le National, 23 décembre 1878.) (Sur la substitution des chanteurs d'opéra-comique aux comédiens italiens, voyez, outre Favart, Mémoires et Correspondance cités. Ad. JuUien, Histoire du costume au théâtre, chap. VI, p. 151 à 155.)

MARIVAUX. Il

m L'AUTEUR DRAMATIQUE.

d'une observation souvent exacte, parfois prise sur le vif. Môme différence pour le génie particulier des deux auteurs. Fontenelle aime les demi-mots et les sous-entendus, et ne dit jamais que la moitié de sa pensée ; Marivaux développe la sienne jusqu'au bout et en tire souvent plus qu elle ne contient. Fontenelle affecte la familiarité dans l'expression des pensées les plus hautes et l'exposition des théories scientifiques les plus grandioses; Marivaux dit parfois avec recherche les choses les plus simples, et analyse les sentiments les moins compliqués dans un langage que Ton accuse d'être toute une science. Fontenelle vise à la simplicité, même lorsqu'il est prétentieux et singulier ; Marivaux est fin, même lorsqu'il veut être simple et naïf. Le style de Fontenelle est toujours soigné, pour ne pas dire recherché; Marivaux écrit trop souvent au courant de la plume, un peu au hasard de l'expression. Fontenelle enfin ne s'échauffe jamais, il ne connaît pas l'enthousiasme, on ne surprend chez lui aucun éclair de sensibilité, et M"" de ïeucin pouvait lui reprocher d'avoir, à la place du cœur, « de la cervelle comme dans la téte^ T^ Marivaux, au contraire, est profondément sensible et compatissant ; toutes les douleurs éveillent un écho dans son âme ; il arrive à l'éloquence par la force et la sincérité de l'émotion'^

La différence entre Marivaux et La Motte n'est pas moins évidente. La Hotte, auteur tragique applaudi, souvent à juste titre, et qui rencontre même, avec Inès de Castro, un véritable

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