MARIVAUX ET BEAUMARCHAIS
Beaumarchais ne semble-l-il pas s*étre' inspiré de Marivaux? Ou le croirait, car Trivelin est original et créé, Figaro ne Test plus autant pour qui connaît Trivelin. Sainte-Beuve a dit de Beaumarchais : < En mêlant au vieil esprit gaulois les goûts du moment, un peu de Rabelais et de Voltaire, en y jetant un léger déguisement espagnol et quelques rayons du soleil de TAndalousie,... il a redonné cours à toutes sortes de vérités d'expérience ou de vieilles satires en les rajeunissante » A ces éléments divers, nous ajouterions volontiers limitation formelle, directe, d'un caractère pris dans une des pièces de Marivaux les moins applaudies au début, par suite les moins connues en 1775 et en 1785 •. Sans doute, Trivelin n'est qu'une esquisse tracée en courant d'une main légère, tandis que Figaro est un portrait criant de vie, de couleur et d'éclat. Mais n'est-ce rien que l'honneur de l'invention? Marivaux n'a pas donné à son personnage ce qui fait de Figaro un type si intéressant et si redoutable : le sentiment du droit et de la justice, dans une société fondée sur des abus et de criantes inégalités, le mépris du grand seigneur « qui s'est donné la peine de naltre^Bune éloquence enflammée; en revanche, Trivelin n'a pas le temps de se gâter comme Figaro, qui, sous les fameux marronniers où on lui prépare le sort de Sganarelle, tourne au pédant et au « clubiste*, » el se décerne les honneurs d'une apothéose qui fait sourire ^.