LES SOUBRETTES
Plus encore que les valets, les soubrettes ressemblent à leurs maîtresses. Elles ont bon air et bon usage, sont polies, munies de souvenirs et de comparaisons littéraires : c Les plus courtes folies sont les meilleures, dit l'une d'elles; Thomme est faible; tous les philosophes du temps passé nous l'ont dit et je me tie bien à eux ^ » La cordialité familière avec laquelle on leur parle, les confidences qu'on leur fait, les intrigues aiv^quelles on les associe, en font des amies de condition inférieure, très dévouées, peu respectueuses. Écoutez Colombine se promenant avec sa maltresse : quelle aisance et quelle liberté de langage ! < Je songe à une chose, dit la comtesse. — Voyons ce que c'est, répond Colombine; suivant l'espèce de la chose, je ferai l'estime de votre silence '. > Un moment auparavant elle déclarait à sa maîtresse et à Lélio, épris l'un de l'autre sans vouloir Tavouer, qu'ils « lui donnaient tous deux la comédie^. » Plus loin, la comtesse se fâche : < Mademoiselle Colombine, vos fades railleries ne me plaisent pas du tout, o Mais Colombine continue sans s'émouvoir; de la part de la comtesse, le vous succède au tu ^ : c'est la plus grande marque de colère. Presque partout les maltresses parlent à leurs suivantes comme à d'intimes compagnes, à qui Ton ne cache rien de ses secrètes pensées, et qui provoquent d'elles-mêmes les confidences ^. Aussi spirituelles que Pasquin et Lépine, Lisette,
qne l'on dirait avoir servi à Thôfel de Rambouillet, mettent parfois les futurs c Droits de l'homme » en « marivaudage, i» à peu près comme Mascarille voulant mettre en madrigaux Thistoire romaine, » (Edmond Robert, les Do^ mestiques, études de mœurs et d'histoire, cbap. m, p. 88.) M. de Lescure dit de même : a C'est Marivaux qui a découvert le valet philosophe. Plusieurs.... sont de vrais types de la race et des ancêtres de ce Figaro, le plus mp^rtinent des raisonneurs domestiques, qui chassera le valet du théâtre en rendant après lui le rôle impossible, pour l'avoir poussé aux dernières limites de raodace et de la gouaillerie. » {Éioge^ p. 86.)