LE PÉDANT
HORTENSinS
Écoutez. On doit son cœur à ceux qui vous donnent le leur : je TOUS donne le mien : ergOy vous me devez le vôtre.
USETTE
Est-ce là tout? Oh! je sais la rhétorique aussi, moi. Tenez : on ne doit son cœur qu'à ceux qui le prennent : assiu*ément, vous ne prenez pas le mien : ergo, vous ne i*aurez pas. Bonjour I
Et vite elle se sauve, poursuivie par le pédant qui lui offre « de petits vers latins sur ses beautés, » et lui crie : « Je vous y donne le nom d'Hélène, de la manière du monde la plus poétique, et j'ai pris la liberté de m'appeler le Paris de l'aventure : les voilà, cela est galant ^ » La marquise arrive sur ces entrefaites et coupe court à cette églogue d'antichambre : a Madame, dit Hortensius penaud, mais toujours pédant, c'est un trait de l'histoire des Grecs dont mademoiselle Lisette me demandait l'explication'. »
Le procureur Remy, dans les Fausses ConfidenceSy est un type moins ridicule qu' Hortensius, mais encore plus plaisant, car Hortensius n'est qu'une charge et M. Remy est un portrait, une sorte de M. Van Buck tout à fait original. Oncle à succession, très vert malgré ses soixante et dix ans, qui peut se remarier, qui le dit volontiers et qui en a peut-être envie, M. Remy aime à sa manière Dorante, son neveu; il le rudoie volontiers, quitte à le défendre quand on l'attaque ; sorte de bourru bienfaisant, il dit son fait à tout le monde avec une rudesse de langage, nourrie d'une forte sève plébéienne^. Il ne pouvait manquer de se prendre de querelle avec M"** A« ganie^ que tout le monde craint, sauf lui ; et, cette fois, l'acariâtre douairière trouve à qui parler. On nous permettra de citer un fragment de la scène où Marivaux les met aux prises : un souffle de comique y circule, d'une ampleur digne de Molière. Au théâtre, elle est irrésistible. La douairière et le procureur sont en présence, l'une, roulant les yeux de fureur, agitant