‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 182 sur 445 · LA PHILOSOPHIE AU THEATRE · texte numérisé non relu

LA PHILOSOPHIE AU THEATRE

vérité impitoyable ^ Charmante aussi la scène où Gléanthis et Arlequin, devenus roattre et maîtresse, s'elTorcent d'imiter les grâces du beau monde ; on dirait que Marivaux à voulu s'y parodier lui-même^. Par une comparaison heureuse et juste, Sainte-Beuve appelle 17/^ des Esclaves c les saturnales de Tâge d'or » ; « c'est presque à l'avance, dit-il, une bergerie révolutionnaire de 1792^.» Quant au dénouement, il n'a rien de sanguinaire ; tout le monde s'embrasse et pleure ; mattres et valets reconnaissent leurs torts réciproques, sur cette réflexion dans laquelle Marivaux devance son époque et parle en 1725, plus sincèrement qu'on ne le fera plus tard, ce langage « sensible » que la fin du siècle mettra si fort à la mode : c II s'agit de par<> donner, et, pour avoir cette bonté-là, que faut-il être, s'il vous platt? Riche? non; noble? non; grand seigneur? point du tout.... Il faut avoir le cceur bon, de la vertu et de la raison; voilà ce qu'il faut, voilà ce qui est estimable, ce qui distingue, ce qui fait qu'un homme est plus qu'un autre *. »

Dans les réflexions de ce genre, assez nombreuses dans son théâtre ^ Marivaux cède, non seulement à un goût très louable

i. vile des EsclaveSy scène m. Oq a déjà tu (ci-dessus, p. 229) Mariraux reproduit, imité peut-être par Beaumarchais. La fameuse phrase de celui-ci (Barbier de Séville, I, il) : o Aux vertus qu'on exige d'un bon domestique. Votre Excellence connatt-elle beaucoup de maîtres qui fussent dignes d'dtre valets; » cette phrase n'est, en somme, que le résumé nerveux d'une tirade de Cléanthis (scène x) : c Voilà de nos gens qui nous méprisent dans le monde, qui font les Aers, qui nous maltraitent, et qui sont heureux, dans l'occasion, de nous trouver cent fois plus honnêtes qu'eux, » etc.

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