‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 183 sur 445 · Causeries du Lundi, t. IX, p · texte numérisé non relu

Causeries du Lundi, t. IX, p

à. Vile des Esclaves, scène x. — Même réflexion dans le Prince travesti : c Personne n'a si bon cœur que vous, dit Arlequin à son maître ; et il m'est avis que c'est là la marque d'un prince. » Et le prince, en eifet, répond : c On peut avoir le cœur bon sans être prince, et, pour Tavoir tel, un prince a plus à travailler qu'un autre. »

5. Elles viennent quelquefois lorsqu'on les attend le moins et marquent d'autant mieux une manière de penser habituelle. Dans le Prince travesti^ cité tout à l'heure et qui ne vise nullement à la leçon morale, Arlequin se promenant dans un palais fait remarquer : o Que de fatras de meubles, de drOleries, de colifichets! Tout un village vivrait un an de ce que cela vaut. » (I, III.) Réflexion bien innocente, mais qui contient en germe de redoutables théories sociales, et, sans aller si loin, les développements de P. L. Courier sur la destruction des anciens châteaux et des grands parcs, et leur remplacement par des maisons de paysans et des champs cultivés. (Simple diS' cours.) Voy. encore ci-après, quatrième partie, chap. in.

t66 L*AUTEUR DRAMATIQUE.

de leçon morale, mais encore au penchant qui entratne la plupart des auteurs dramatiques du temps.

Le théâtre est alors l'auxiliaire de la « philosophie, i c*est-à« dire de la guerre aux préjugés, du désir de réformes, de la philanthropie, car, de tous les moyens de propagande, il est le plus puissant. A vrai dire, ce n'est jamais impunément qu*il se fait l'auxiliaire d'une cause, pour juste et noble qu'elle soit; il contracte, dans un pareil rôle, de graves défauts qu'il serait ti*op long de relever ici, mais qui renaîtront toutes les fois qu'il abandonnera, pour se lancer dans les discussions politiques, l'étude impartiale et désintéressée de la nature humaine ^ Quoi qu*il en soit, si Marivaux tomba dans un travers alors

1. Voy., outre Touvrage de M. L. Fontaine, le Théâtre et la Philosophie au diX'huitième tiècle^ l'article déjà cité de G. Planche, qui conUent, mal- ^ des exagérations systématiques, des vues assez justes (le Théâtre et tes* prit public en France , dans la Revue des Deux- Momies du 1*' septembre iSitS), et aussi une page nourrie de U. Paul Albert {la Lit/éfaiure fl*ançaise au dix-huitième siècle^ p. 187). La question est traitée d'une manière complète dans deux articles de M. CuTilU^r- Fleury (la Politique dans le f*oman et la comédie, premièï^ série de ses Études et portraits^ p. 392 et suiv.). Elle « est vieille comme le monde, dit-il, et l'Aréopage luimême ne put la résoudre, au temps d'Aristophane, que par un décret d'interdiction absolue. » Après avoir établi que la politique et les mœurs sont choses fort différentes, qui se mêlent quelquefois, mais qu'il ne faut pat confondre tout à fait, » car « ne pas tenir compte de cette différence est un danger pour l'art, » il conclut que « la politique dans le roman ou la comédie, c'est une des formes et des moins distinguées de la littérature fjicile. » Plusieurs critiques cumbatlirent cette théorie; M. Guvillior-Fleurj revint à la charge et maintint ses conclusions en les expliquant et let développant : a Je n'admets, disait-il, la politique dans le roman ou la comédie^ que façonnée avec un soin infini, parlant le langage de la société polie avec ce que l'art «joute à l'usage et ce que le goût enlève au jargon. Je la veux, non pas impersonnelle et conjecturale, elle ne mériterait plut son nom, mais détournée de toute application diffamatoire^ et emportant son auditeur ou son lecteur dans la saine atmosphère d'une observation impartiale. » Voy. notamment, p. 410 et &11, sa distinction de la politique et de la philosophie. Tout récemment M . Henry Fonquier a rouvert le débat avec intérêt {/e X/X^ Siccle, 29 août 1881), et, recherchant a quelles conditions la comédie politique pouvait être un genre légitime et vraiment littéraire, a conclu dans le même sens que M. Cuvillier-Fleury.

— En date, Marivaux est un des premiers auteurs dramatiques qui fkssent du théâtre l'auxiliaire de la philosophi'ï ; il ou^to une série qui ne se fermera qu'après la Révolution, lorsque les esprits seront pacifiés et les idées de réforme enfln traduites par des lois. Avec lui , nous sommes, pour reprendre le mot de Sainte-Beuve, dans l'âge d'or de la comédie philosophique. L'ouvrage de M. Fontaine nous fait suivre le développement de celle-ci ; avec le livre récent de M. Henri Welschtnger, le Théâtre de la Révolution^ nous

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