‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 206 sur 445 · LA MÈRE CONFIDENTE · texte numérisé non relu

LA MÈRE CONFIDENTE

reux^y type de la soubrelte sans scrupules, Angélique a noué connaissance avec Dorante, jeune homme galant qui l'a saluée^ et qui a su adroitement engager une conversation*. La rencontre a eu lieu à la promenade, dans les allées d'un parc^ :

pièce ; et encore il accompagnait cet éloge du style d'une restriction : i A travers ces conversations si peu naturelles, le cœur parle quelquefois un moment son vrai langage. Nous citerons, par exemple^ les scènes de la Mère confidente, entre M"*^ Argante et sa fille.... Il est vrai que dans ces scènes touchantes, où la nature développe toute sa naïveté d'une part et toute sa tendresse de l'autre, Marivaux n'a pu résister à la tentation de se montrer encore quelquefois, mais aussi rarement et aussi peu qu'il lui est possible. Il semble qu'il ait voulu seulement laisser dans ces scènes l'empreinte légère de son cachet, dont nous conviendrons qu'elles auraient pu se passer. » Ceci est absolument injuste : il est impossible de découvrir trace de marivaudage dans les scènes dont parle d'Alembert et dont on va voir une analyse détaillée. Collé (p. 290) cite en passant la Mère confidente avec l'Épreuve^ seulement pour remarquer que ces comédies, au contraire des autres pièces de Marivaux, « se passent à peu près dans le temps prescrit par la règle et sont deux bonnes comédies, au style près cependant. »

Parmi les récents critiques de Marivaux, MM. de Lescureet Reinach ne disent rien de la Mère confidente; M. La voilée (p. 24) a éprouve quelque peine à s'en expliquer le sujet prolongé » ; M. J. Fleury (p. 112) se contente de rappeler le mot de Sainte-Beuve, et, selon son habitude, analyse la pièce, sans l'apprécier; M. Gossol (p. 48) la place à côté « des plus morales et des plus charmantes conceptions de Marivaux » et y volt « le triomphe d'une libre et sage éducation, » mais il trouve que les remontrances de la mère ont trop d'aigreur et trop d'irritation pour être profitables; Il — jugement un peu singulier (voy. ci-après, p. 30, n. 1, l'appréciation de M. Fr. Sarcey sur le rôle de M'"* Argante) et en contradLâtion avec l'honneur que M. Gossot fait à la pièce en la mettant tout entière en appendice à son volume, car les scènes de remontrances de M*"' Argante sont les scènes capitales. L^historien déjà cité du Théâtre-Français, M. H. Lucas, )a traite très dédaigneusement (t. I, p. 335). Pour les appréciations de la presse dramatique, voy. ci-après, p. 320, n. 1). Elles ont toutes leur intérêt; il en est même une excellente, celle de M. Fr. Surcey; mais on remarquera qu'aucun des critiques anciens ou modernes, pas plus Sainte-Beuve que d'Alembert, n'a indiqué nettement le caractère original de la Mère confidente f qui est d'être un excellent drame bourgeois.

Un souvenir touchant se rattache à cette pièce. Le jour où fut accordée à l'ambassadeur de France, pour le Dauphin Louis, la main de l'archiduchesse Marie-Antoinette, le 16 avril 1770, c'est la Mère confidente qui fut jouée devant la cour de Vienne, en représentation de gala (de Concourt, Histoire de Marie-Antoinette^ p. 11). Pourquoi Marie-Antoinelte, devenue reine, ne s'est-elle pas souvenue de la leçon offerte dans celte pièce et n'at-elle pas toujours suivi les conseils que lui prodiguait Marie- Thérèse! On sait, par l'intéressante Correspondance de Marie-Antoinette avec Marie-Thérèse (publiée par MM. d'Ameth et Geoffroy, 1874, 3 vol. in-8), combien cette confidente était vigilante et sensée.

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