‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 207 sur 445 · Ibid,, acte I, se. viii · texte numérisé non relu

Ibid,, acte I, se. viii

3. Ceci n'est pas un moyen de comédîei mais un trait de mœurs vraies,

306 L'ÂUTËUR DRAMATIQUE.

« le hasard a tout fait, et c'est Lisette qui en est cause quoique fort innocemment. > Angélique s'abandonne au plaisir d*étre aimée : c II n'y a plus^ dit-elle, que ma mère qui m'inquiète, cette mère qui m'idolâtre, qui ne m'a jamais fait sentir que son amour, qui ne veut jamais que ce que je veux^ > Elle est si douce et si adroite, en effet, cette autorité maternelle, qu'Angélique la subit sans s'en apercevoir.

Cependant, M*"' Argante est inquiète : elle soupçonne une intrigue; elle la découvre enfin. Comment faire pour interve* nir sans effaroucher sa fille, pour ne pas irriter, en la combattant maladroitement, cette passion naissante? Le moyen est à la fois habile et touchant :

Te voici, dit M'"" Argante à Angélique, dans un âge raisonnable, mais où tu auras besoin de mes conseils et de mon expérience. Te rappelles- tu l'entretien que nous eûmes Tautre jour, et cette douceui* que nous nous figurions toutes deux à vivre ensemble dans la plus intime confiance, sans avoir de secrets Tune pour l'autre; t'en souvicns-tu? Nous fûmes interrompues; et comme cette idée-là te réjouit beaucoup, exécutons-là ; parle-moi à cœur ouvert ; fais-moi ta confidente.

ANGÉLIOUE

Vous, la confidente de votre fille ?

M"'^ AllGANTE

Oh! votre fille I Eh! qui te parle d'elle? Ce n'est point ta mère qui veut être ta confidente ; c'est ton amie, encore une fois.

ANGÊLiuuE, riant.

D'accord, mais mon amie redira tout à ma mère, l'une est inséparable de l'autre.

M'"' ARGANTE

Eh bien! je les sépare, moi; je t'en fais serment. Oui, mets-to dans l'esprit que ce que tu me confieras sur ce pied-là, c'est comme

pris dans la bourgeoisie : c< Ces rcncoiilrcs, la facilité des mœurs bourgeoises, l'habitude des parents de laisser les filles, une fois grandes, prendre sous un prétexte leur manlelet et leur coiffe pour courir la rue et ses aventures, remplaçaient pour la jeune personne les occasions de mariage du monde et de la société. Mais souvent, à chercher un marr ainsi à Taventurc^ la jeune flUe courait bien des dangers. » (De Concourt, li Femme au dix-huitième siècle, ch. vi, p. 260.)

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