MARIVAUX ET LE SAGE; GIL BLAS
il faut nous enrichir auparavant.... Je veux avoir trois ou quatre galanteries pour te mettre à ton aise, i» GiiBlas est enchanté de la perspective : < Je la remerciai poliment de la peine qu'elle voulait bien prendre pour moi ^ » Même philosophie dans son rôle près du due de Lerme : « Je n'examinerai point, dit-U, si cela était bon ou mauvais; la qualité du galant étourdissait ma morale. Quelle gloire pour moi d'être ministre des plaisirs d'un grand prince ' ! > On prévoit que Jacob, devenu fermier général, restera honnête homme et s'enrichira sans voler ; les continuateurs du roman de Marivaux ne s'y sont point trompés et se sont montrés logiques en lui conservant une honnêteté chancelante au début, mais affermie par l'expérience ^. Gil Blas, au contraire, jeté par un coup de fortune devant le trésor public grand ouvert, s'emplit les poches avec la gaieté basse d'un valet qui pille une maison mal tenue.
En résumé, Gil Blas et Jacob, fils l'un et l'autre d'une société vicieuse, portent la marque de leur origine, mais Gil Blas, en avançant dans la vie, ne profite de l'expérience acquise que pour vivre du vice avec un art de plus eu plus libre de scrupules ; Jacob, éclaboussé au début par la boue parisienne, l'évite désormais, lorsqu'il en est sorti ; il finit même par se débarrasser complètement des souillures primitives.
Nous comparions tout à l'heure la Vie de Marianne k Paméla ; un autre roman anglais, Joseph Andrews^ de Fielding, et aussi Tom Jones, du même auteur, peuvent être rapprochés du Paysan parvenu; et, comme Richardson, Fielding passait au siècle dernier pour un imitateur ou plutôt pour un disciple de Marivaux *. Le Paysan parvenu, disionsnous, n'était pas assez délicat pour inspirer Paméla; il l'était certainement assez pour ouvrir la voie à Totn Jones et à Joseph Andrews.
!• GtV B/û«, livre VU, chap. x.