Voy. ci-dessus, p. 3&8, n
Si la différence est grande, pour le caractère et le talent, entre Tauteur de Marianne et celui de Paméla^ elle est bien plus grande encore entre l'auteur du Paysan parvenu et celui de Tom Jones. Marivaux, nous le rappelions tout à rbeure, est un homme du monde, un habitué des salons ; poli, mesuré, élégant dans la conduite de sa vie, il Test aussi dans l'exercice de son talent ; l'homme et l'écrivain sont également de bonne compagnie. Fielding est un plébéien mal élevé S grossier, singulier mélange de bon et de mauvais, au physique et au moral '. Son talent ressemble à sa personne et à son caractère ; il est plein de sève et de verve, tout franc et primegautier» mais* inégal, sans finesse, incapable de se conduire et de se maîtriser, d'une indécence et d'une grossièreté souvent repoussantes, quoique naïves et sans malice; c'est la na* ture, enivrée d'elle-même, libre de frein, avec ses inégalités, ses bonnes inspirations et ses écarts, ses contradictions, toute au bonheur de vivre et d'agir, protestant au nom de l'instinct, bon en lui-même, contre la règle sévère et pédante que Richardson voulait imposer à l'homme, au nom de la morale et de la religion^.
Tel est l'homme que l'on a dit un disciple de Marivaux et qui l'est en effet. Avec les différences que nous venons de noter, différences de tempérament, de caractère, d'humeur, d'existence, nous retrouvons dans les romans de Fielding, surtout dans Joseph Andrews, le genre d'observation que Marivaux avait introduit dans le roman : Tétude psychologique de l'homme, de ses sentiments, des mobiles de ses actions. Il n'est pas jusqu'à la donnée du Paysan parvenu et à certaines aventures de Jacob et de Marianne' qui ne se retrouvent, trans-