SITUATIONS ET DESCRIPTIONS
la coquetterie de l'héroïne nous donne la comédie, il en est de fort amusantes. On connaît la dispute du cocher de fiacre et de M"** Dutour. Dans un goût moins populaire, on pourrait signaler la scène où Marianne, recueillie chez Valville après un accident, ruse et manœuvre avec tant d'esprit entre le jeune homme, le chirurgien et M. de Climal ^ ; celle où M"" Dutour, retrouvant Marianne au château de Fare, la couvre de confusion par les transports de sa joie bavarde '• Mais, ici, l'émotion se mêle au comique, car on prévoit le triste résultat de la rencontre. Dans le Paysan parvenu, on n'aurait, pour citer, que l'embarras du choix : le récit tout entier n*est qu'une suite d'aventures amusantes, où circule une facile bonne humeur : Vamené de Jacob devant le président, ses démêlés avec M"' Habert atnée, avec M. Doucin, avec ses témoins, le voyage à Versailles, l'entrevne avec M. Bono, etc. '.
Les descriptions sont la grande ressource des romanciers à court d'invention, et dans aucun genre littéraire on n'en a plus abusé que dans le roman. Si celui-ci avait été cultivé par les Romains du siècle d'Auguste, Horace aurait pu appliquer spécialement aux romanciers les fameux vers de VArt poétique:
Purparcus, late qui splendeat, unus et alter Assuitur pannus*.
En France, dès le treizième siècle, la description sévit dans tous les genres. Au dix-septième, réduite partout ailleurs à sa véritable importance, elle se réfugie dans le roman et y règne en maîtresse : la Clélie et le Grand Cyrus^ Cléopdtre et Cassandre sont remplis moitié de portrait^, moitié de descriptions. En vain Boileau proteste ^ ; le genre descriptif conserve du zélés partisans. Un des plus grands écrivains de cette époque, Fénelon, lui donne dans Télémaque une place parfois excessive ; c'est que Télémaque est un roman. Même engouement descriptif au dix-huitième siècle, où, non contente de régner dans le roman, la passion de décrire pour décrire envahit In