‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 262 sur 445 · Ars poet.f ch. i · texte numérisé non relu

Ars poet.f ch. i

poésie et donne son nom à tout un nouveau genre, aussi florissant et aussi stérile, aussi minutieux et aussi étroit que chez les Alexandrins.

Marivaux eut le mérite et le bon goût de résister à cet entraînement. Aucun romancier n'a usé moins que lui de la description sans autre but qu'elle-même. En effet, il étiât plus porté, nous l'avons dit, à l'observation morale qu'à la manie d'inventorier les objets matériels. Non qu'il séparât l'homme de son entourage nécessaire et le considérât comme vivant dans un monde immatériel ; il décrit au besoin, mais en réduisant toujours la description à son vrai rôle, qui est de préciser une situation, de montrer dans les objets extérieurs à l'homme l'empreinte de ses idées et de ses passions, en un mot d'éclairer le moral par le physique. Jamais chez lui ce qui est proprement la vie humaine, c'est-à-dire l'activité du cœur et de l'esprit, ne disparaît étouffé sous l'accumulation des accessoires matériels. Il emploie donc, en décrivant, ce procédé rapide et sobre dont il n'use pas assez dans les portraits : quelques traits lui suffisent pour rendre visibles une expression de physionomie, un geste, un costume, un intérieur. Qu'on se rappelle, par exemple, le témoin à la perruque neuve, la majestueuse Toinon, Marianne à l'église; en deux lignes, nous avons vu les personnages. Tout à l'heure il nous introduira dans des intérieurs très variés, chez une prieure de couvent, chez deux sœurs dévotes, chez des financiers, chez un ministre ; nulle part il ne décrira par le menu l'ameublement ou les costumes, mais il accusera d'un trait vif et net l'impression qu'ils produisent.

Il n'y a qu'une lacune dans ces descriptions si expressives : on ne voit, pour ainsi dire, jamais la campagne ; on dirait que l'action se passe toujours dans un appartement ou dans la rue. Cette absence chez Marivaux du sentiment de la nature n'a rien qui doive étonner. La génération à laquelle il appartenait ne sentait pas cette poésie tantôt majestueuse, tantôt familière, qui anime pour nous Fair et le ciel, les eaux et les bois. De 1720 à 1750 on en était toujours sur la nature aux idées du dix-septième siècle. Simple et vraie, on la trouvait ennuyeuse et muette. On la voulait embellie pai* l'art, revêtue çlle aussi d'une sorte de fausse toilette, comme le beau monde

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