Mes amis, dit le solilaire
Les choses d'ici>ba8 ne me regardent plus, En quoi peul un pauvre reclus Vous assister? Que peut>il faire
Îlue de prier le ciel qu'il vous aide en ceci ? 'espère qu'il aura do vods quelque souci.
(La Fontainb, Fablet, VU, m.)
2. La Vie de Marianne ^ troisième partie. — Selon Duviquel(Aro^tce en tète des Œuvres, p. ixvni), Marivaux c avait probablement (le souvenir de sa fille) présent à Tesprit, lorsqu'il peignait dans Marianne la difficulté qu'éprouve cette jeune personne à se faire admettre novice dans une maison religieuse. » — On remarquera, dans le même ordre d'idées^ la réflexion de Marianne, seule à Paris^ sur le religieux auquel elle s'adresse pour obtenir de lui une protection efflcace, et qui, après une petite exhortation, ne cherche qu'à se débarrasser d'elle : « Ce bon religieux ne savait que me répondre.; je crus même voir à la fin que je lui étais à charge^ parce que je le conjurais de me conduire ; et ces bonnes gens» quand ils vous ont parlé, qu'ils vous ont exhorté^ ils ont fait pour vous tout ce qu'ils peuvent faire. > (Première partie.) — Voltaire n'avait-il pas dans l'esprit le souvenir de cette scène lorsqu'il représentait, avec sa malice mordante, le jeune marquis de la Jeannotière, ruiné, doucement éconduit par le bon père auquel il v^ demander secours? < C'était un théatin très accrédité, qui ne dirigeait que les dames de la première considération ; dès qu'il le vit, il se précipita vers lui ; « Eh mon Dieu ! monsieur le marquis^ où est votre carrosse T Comment se porte la respectable madame la marquise votre mère? » Le pauvre malheureux lui conta le désastre de sa famille. À mesure qu'il s'expliquait, le théatin prenait une mine plus grave, plus indifférente, plus imposante : « Mon flls, voilà où Dieu vous voulait; les richesses ne servent qu^à corrompre le cœur ; Dieu a donc fait la grâce à votre mère de la réduire à la mendicité? — Oui, monsieur. — Tant mieux, elle est sCrre de son salut. — Mais, mon père, en attendant, n'y aurait-il pas moyen d'obtenir quelques secours dans ce monde? — Adieu, mon flls, il y a une dame de la cour qui m'attend. » (Jeannot et Cotlin^ Œuvres de Voltaire^ édit* L. Moland, t. XXI, p. 2Â1.)
Là religieuse. 39d
faisait aucune illusion sur ce que la vie conventuelle était en réalité dans bien des cloîtres, vide, oisive, peu édifiante, peu mortifiée, remplie de petites jalousies, de passions mesquines et de commérages *.
Lorsqu'il annonça l'histoire de la Religieuse, yer^ 1 734, sa fille avait treize ans, c'est-à-dire l'âge de commencer un noviciat dans ce couvent de Thrésor, où elle devait prendre le voile*. Avec les idées qu'il vient de laisser voir, cette vocation, qu'il ne pouvait contrarier, car sa pauvreté ne lui permettait pas de doter sa fille pour le mariage, et, sans la générosité du duc d'Orléans, il n'aurait même pu la doter pour le cloître, cette vocation dut lui causer une vive douleur. Il avait sans doute rêvé pour elle les joies du monde, et il se voyait forcé de l'ensevelir dans une de ces maisons qu'il connaissait trop bien pour l'y voir entrer sans inquiétude. Et même, y avait-il vocation chez M"» de Marivaux? N'était-ce pas une triste nécessité qui lui faisait embrasser le seul parti que la société d alors laissât à une jeune fille pauvre et bien née? Ou encore, n'était-elle point victime d'une sorte de captation ? On ne peut que suppléer par des suppositions à l'absence de tout renseignement précis; mais la manière dont Marivaux, en 1742 3, lorsque le sacrifice est consommé, présente l'histoire de la Religieuse, laisse croire qu'eu l'écrivant il épanchait une douleur intime et profonde.
Désolée de l'abandon de Valville, Marianne songe à prendre le voile, lorsqu'une sœur, dont elle est l'amie, l'en dissuade vivement: « Vous faire religieuse I s'écrie-t-elle ; je suis d'avis, avant de vous répondre, de vous faire un petit récit des accidents de ma vie ; vous en serez plus éclairée sur votre situation ; et, si vous persistez à vouloir être religieuse, vous saurez mieux la valeur de l'engagement que vous prenez, i^ Cette religieuse s'appelait, dans le monde, M'^' deTervire ; orpheline de bonne heure, elle était l'objet d'une vive amitié de la paît de M"* de Sainte-Hermières, riche veuve, c à qui un assez