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suffisait pas ; que, sans l'histoire des mœurs, elle demeurait incomplète et stérile. D'excellents livres ont essayé de pénétrer dans l'intimité de la vie sociale aux différentes époques, et, pour les écrire, on a dû puiser à des sources nouvelles, mémoires, journaux, correspondances intimes, romans. Le diihuitiëme siècle a eu sa part dans cette enquête ^ et les romans de Marivaux ont été mis à contribution. Ils peuvent servir encore pour cette tâche, qui n'est point terminée ; éclairés et contrôlés par une critique intelligente, ils sont un guide sûr, car ils ne sont ni optimistes, ni pessimistes, ne forcent pas les couleurs et présentent plutôt des ensembles que des exceptions de détail.
A ce point de vue, ils sont le complément nécessaire du théâtre de notre auteur. Dans ses comédies, Marivaux a idéalisé et embelli les mœurs de son temps; il les a faites plus pures, plus élégantes, plus aimables qu'elles n'étaient en réalité. Tandis que Molière, Regnard, Le Sage représentaient leurs contemporains avec une exactitude sans flatterie, il peignait dans un goût de fantaisie indulgente, très vrai au point de vue de l'art, trop complaisant aux yeux de l'histoire. Dans le roman, il a changé de manière : sans crudité de couleurs, sans grossissement, sans recherche du laid pour le laid, il a donné la première place à l'observation et renoncé à la fantaisie. Il faut parfois se défier des romanciers comme peintres de mœurs ; Marivaux est assurément un de ceux qui méritent le moins qu'on suspecte leur clairvoyance et leur exactitude.
1. Nous n'avons pas besoin de rappeler les deux ouvrages que noua citons si souvent, l'Esprit public au dix'huitième siècle, de M. Aubertin, et la Femme au dix-huitième siècle, de MM. de Concourt. Ces derniers auteun méritent assurément un des premiers rangs parmi ceux qui ont fouillé eu détail et en tout sens le siècle dernier; ils lui ont consacré déjà douze volumes, tous remplis de trouvailles originales, et ils ont fait entrer dans le domaine de l'histoire sérieuse un ordre de recherches^ que Ton considérait avant eux comme frivole et de médiocre intérêt. On connaît aussi les brillants et rapides tableaux de M. Arsène Houssaye, réunis sous le titre de Galerie du dix-huitième siècle (commencée en iSàk, dixième édition, i87A- 1876, 4 vol. iu-12), et l'ouvrage considérable de M. G. Desnoireterres, qui groupe^ avec tant de science, autour de Voltaire, toute la société du temps. Voltaire et la société au dix-huitième siècle, 1867-1876, 8 vol. in-8.