‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 296 sur 445 · Des ouvrages de f esprit ^ § Zà · texte numérisé non relu

Des ouvrages de f esprit ^ § Zà

l'ensemble de la pièce ou Tindiquait par quelques réflexions discrètes. Cette leçon n'avait pas toujours la même portée; c'était tantôt un simple précepte de goût ou de saToir-vivre, un conseil pour la conduite ordinaire de la vie, tantôt un enseignement de grande portée. Mais, grave ou légère, elle se distingue toujours par une absence d'amertume, un ton d'enjouement et de bonhomie qui la rendent persuasive. Rarement relevée de nos jours ^ la moralité du théâtre de Marivaux n'avait pas échappé aux contemporains. L'un d'eux appelle les personnages de notre auteur des c philosophes aimables et ingénus, y> et trouve dans son théâtre « un fonds de philoso^ phie^ dont les idées développées avec finesse, filées avec art et adroitement accommodées à la scène, ont presque toujours un but utile et moral '.>

Dans le roman, l'intention morale est plus visible encore que dans le théâltre. Marianne, dit Sainte-Beuve, cest le plus avisé des disciples féminins de La Rochefoucauld^;» au cours de ses aventures elle agit beaucoup moins qu'elle n'observe, exerçant sur elle-même et sur les autres une curiosité tort clairvoyante. Travers mondains, défauts du cœur ou de l'esprit, vices et ridicules de toutes sortes sont c lorgnés ^ et décrits en détail, par ce moraliste de seize ans. Si l'on retranchait du roman tout ce qui est récit ou dialogue, la plus grande partie de l'ouvrage subsisterait encore et pourrait s'appeler < Réflexions sur le cœur humain^, i Hâtons-nous de

1. Du moins jusqu'à ces dernières années. Les récents critiques de Marivaux^ MM. de Lescure, Reinach, Fleury, Gossot, LavoUée parlent plus ou moins, mais parlent tous, de Tintention morale de son théâtre. Th. Gautier B*était contenté de louer en passant ces « passions toujours généreuses, où n'entre jamais un mohile vulgaire d'intérêt ni un élément grossier de sensualité. » {Histoire de l'art dramatique, t. VI, p. 318.) M. F. Sarcey, plus explicite, reconnaissait^ à propos de VÉcole des Mères, qu'au théâtre Mari* vaux « a été l'un des plus ingénieux moralistes de son temps. » {Le Temps, 23 décembre 1878.)

2. Lesbros, p. 9. — Desfontaines lui-môme rend, à ce sujet, pleine justice à Marivaux. Il dit de son théâtre : « Ce sont des idées philosophiques, présentées d'une façon neuve, singulière, agréable, et qui développent en même temps, avec beaucoup de (Inesse, les replis les plus cachés du cœur humain. Voilà ce qui forme ordinairement le fond des comédies de M. de Marivaux. Il a moins cherché à peindre les ridicules de ses compatriotes qu'à leur inspirer l'humanité. » {Observations sur la littérature modemey t. V, p. 9.)

3. Causeries du Ijundi, t. IX, p. 365. à. Voy. ci-dessus, p. 3dl-3â3.

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