Causeries du Lutuiiy t. XIV, p. 39 et
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séc, invective contre le soldat qui passe les nuits de Thiver au bord d'un fleuve, et veille en silence sous les armes pour la sûreté de la pairie *.
— Ouand vous êtes de garde au bord d*un fleuve, où la pluie éteint tous les feux pendant la nuit, et pénètre dans vos habits, vous dites : Heureux qui peut dormir sous une cabane écartée, loin du bruit des eaux ! Le jour vient, les ombres s'effacent, et les gardes sont relevées ; vous rentrez dans le camp ; la fatigue et le bruit vous plongent dans un doux sommeil, et vous vous levez plus serein pour prendre un repas délicieux, au contraire d'un jeune homme né pour la vertu, que la tendresse d'une mère retient dans les murailles d'une ville forte ; pendant que ses camarades doraient sous la toile et bravent les hasards, celui-ci, qui ne risque rien, qui ne fait rien, à qui rien ne manque, ne jouit ni de l'abondance, ni du calme de ce séjour; au sein du repos, il est inquiet et agité ; il cherche les lieux solitaires; les fêtes, les jeux, les spectacles ne l'attirent point; la pensée de ce qui se passe en Moravie occupe ses jours, et, pendant la nuit, il rêve des combats et des batailles qu'on donne sans lui*.
Ces ligiies, nos plus grands écrivains pourraient les envier à Vauvenar^ues, et Marivaux n'en a pas qui puissent leur être comparées; disons même qu'il était incapable de les écrire: rien dans sa vie ne pouvait les lui inspirer. C'est le privilège des hommes d'action devenus écrivains de trouver des idées, des tours, des expressions que les purs spéculatifs, les € contemplateurs, » ne rencontrent pas. Homme d'action, Vauvenargues l'avait été tant qu'il avait pu et n'avait renoncé à l'être que définitivement abattu et brisé par les injustices de la destinée ; et, de toutes les formes de l'activité humaine, il avait connu la plus complète et la plus noble, la vie militaire. Ce simple capitaine a parlé de l'héroïsme et des souffrances obscures du soldat, comme l'eussent fait un Hoche ou un Desaix, car il était de leur famille, et il conservait, dans l'exercice de son métier d'écrivain, cette fierté d'attitude et d'accent où se reconnaissent tous ceux qui ont eu l'honneur de porter l'épée, grands hommes de guerre comme Turenneou Napoléon, modestes officiers comme Vauvenargues ou Alfred de Vigny.