‹ Marivaux, sa vie et ses œuvres, d'après de nouveaux documents;Chapitre 312 sur 445 · Voy. ci-après, p. 506, n · texte numérisé non relu

Voy. ci-après, p. 506, n

MARIVAUX ET VA(J VËNAKC L'ES. i(î5

proche de Marivaux, au point que tel passage de ses analyses morales pourrait, sans invraisemblance, être attribué à ce dernier *. Tout à l'heure nous citions une appréciation de Villemain sur Vauvenargues qui conviendrait également à Marivaux ; il en est de même de celle-ci où Sainte-Beuve caractérise le style du premier : « Vauvenargues n*est pas de ceux qui étranglent leur pensée ou qui la gravent et la frappent en quelques mots splendides ; il aime à l'étendre, à raisonner ; il est proprement dans son élément quand il discute ; il a une belle langue intérieure, un peu molle parfois, à demi oratoire, périodique et qui se complaît dans ses développements.... C'est une suite, un enchaînement de raisons déduites avec largeur et un peu de complaisance, dans une langue riche, un peu traînante, en eiTet, mais d'une belle plénitude morale, d'une élévation continue, et qui rencontre quelquefois des mouvements d'éloquence ^. » On ne saurait mieux définir le style de Marivaux moraliste dans les endroits où il est bon, et ces endroits sont très nombreux. La supériorité de Vauvenargues, c'est qu'il lui arrive rarement de gâter sa pensée en la développant à l'excès, ce qui est, au contraire, un défaut très fréquent chez Marivaux. Il l'emporte encore en ce que son style a non seulement ce la chaleur et du mouvement, — Marivaux n'en manque pas, — mais parfois aussi une couleur sobre, nette, chaude pourtant, résultat d'une passion contenue, d'un sentiment auquel il tient, que tout le monde n'admet pas comme lui, et qui s'échappe tout à coup avec vigueur, en un jet brillant et nerveux. Celle couleur, qui manque à Marivaux, donne à quelques pages ou plutôt à quelques phrases de Vauvenargues, une admirable beauté ; rien ne surpasse dans notre langue ces petits tableaux, complets en quelques lignes, où ressortent, avec un relief saisissant, tout l'héroïsme, toute la noble fierté de la vie militaire :

Le contemplateur, mollement couché dans une chambre (apis-

1. Notamment dans V Introduction à la connaissance de r esprit humain. En celle matière abstraite et délicate, Vauvenargues n*est encore très maître ni de sa forme, ni de sa pensée ; il fait effort pour trouver l'une et Tautre. De plus, il veut aller aussi availl que possible dans les questions qu'il étudie et il pèche, non par excès de pénétration, mais par maladresse dans l'exposition des éléments très complexes qu'il veut définir et distinguer.

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