MARIVAUX ET VAL VENARGUES
De plus, l'âme de Vauvenargues était, en somme, d'une trempe supérieure à celle de Marivaux. En présence des grands problèmes qui tourmentent Tâme humaine, de ces étemels pourquoi, de ces doutes, qu'il est dans la destinée de l'homme et de son honneur d'agiter éternellement sans les résoudre jamais, Marivaux se dérobe avec un peu d'impatience et de mauvaise humeur ; il voudrait que le silence se fît là-dessus*. Malgré ses convictions religieuses, il n'est ni assez philosophe ni assez chrétien : ni assez philosophe, parce que, alors, il devrait rechercher ces problèmes au lieu de les éviter, ni assez chrétien, parce que, chrétien, la simple morale de l'Évangile devrait lui suffire, tandis que, au contraire, il essaye parfois de séparer la morale de la religion. Vauvenargues non plus ne prend pas parti : il pèse le pour et le contre ; il reste, en matière de convictions religieuses, à égale distance de l'affirmation et de la négation, il meurt sans avoir décidé* ; mais, du moins, n'évitct-il pas les questions de métaphysique et de philosophie indépendante ; il a un courage d'esprit qui manque à Marivaux. Il a aussi des idées qui l'honorent et que celui-ci n'exprime jamais ; il parle d'abnégation, de sacrifice, de souffrance obscure, de condition étroite et difficile, vaillamment supportée. Ici encore sa vie explique sa supériorité morale : il avait connu les petitesses de l'existence sans être diminué, les injustices du sort sans être découragé ou aigri, la maladie sans la maudire, rindilTérence et la dureté des grands sans accuser les hommes. La souffrance, au contraire, l'épreuve, manquent dans la vie de Marivaux ; il en a été plus heureux comme homme, mais moins profond comme moraliste.