LA CONDITION DES FEMMES
si la balance est égale. » Il résume donc avec vigueur tous les griefs qu'elles ont contre nous. Par exemple, de quelle injuste partialité ne sont-elles pas victimes dans la question de Tadultère !
Une femme se comporte mal ; elle a des amants; elle trahit la fidélité conjugale. Point de quartier pour el!e; on Tenferme, on la séquestre, on la réduit à une vie dure et frugale ^^ on la déshonore, et elle le mérite. Mais que fait-on à un mari infidèle, qui vit avec ses maîtresses, qui se ruine pour elles, lui,^sa femme et>ses enfants?... Où sont les maris qu'on enferme, qu'on séquestre ? Sont-ils seulement déshonorés dans le monde?... Comment donc! (Le) libertinage (d'un mari), ou plutôt sa galanterie le rend illustre; elle en fait un héros qu'on est curieux de voir; on se le montre au spectacle... Où est-il? se dit-on. II vient de paraître; tenez, le voilà, c'est lui... Aussi faut-il voir comment il se tient droit, les airs qu'il se donne, et avec quelle superbe confiance il produit sou visage *.
Les hommes allèguent, pour excuser leur despotisme, la coquetterie des femmes, leur infirmité d'esprit, leur malice :
Si notre coquetterie est un défaut, répondent les femmes, qui devons-nous en accuser sinon les hommes? Nous avez-vous laissé d'autre ressource que le misérable emploi de vous plaire? Nous sommes méchantes, dites-vous. Osez-vous nous le reprocher? Dans la triste privation de toute autorité où vous nous tenez, de tout exercice qui nous occupe, de tout moyen de nous faire craindre comme on nous craint, n'a-t-il pas fallu qu'à force d'esprit et d'industrie, nous nous dédommageassions des torts que nous fait votre tyrannie ? Ne sommes-nous pas vos prisonnières, et n'étes-vous pas nos geôliers? Dans cet étal, que nous reste-t-il que la ruse? Que nous reste-t-il qu'un courage impuissant, réduit par vous à la honteuse nécessité de devenir finesse? Notre malice n'est que le fruit de la dépendance où nous sommes 3. Notre coquetterie fait tout notre bien. Nous n'avons