L^ Cabinet du Philosophe, cinquièine feuille
2. Ceci n'est nullement exagéré. Malgré la tolérance de Topinion pour Tadultère, les maris conservaient contre leurs femmes des droits terrii)le8, dont Us usaient assez souvent. Sur la preuve d'adultère, le mari obtenait une lettre de cachet, par laquelle sa femme était enfermée à perpétuité dans un couvent; de plus, elle était déclarée déchue de ses biens dotaux et ceux-ci adjugés en usufruit au mari, à charge de payer à sa femme une rente d'entretien de 1200 livres. MM. de Stainvilie, le président Portail, de Vaubecourt, d'Ormesson, d'Hunolstein, de Montpezat, etc., requirent et obtinrent des châtiments de ce genre. (De Concourt, op. cit., p. 247-2^9.)
3 . Rappr. Âlf . de Musset, dans On ne badine pas avec f amour ^ acte Ili , se . vi : u Connaisses- vous le cœur des femmes? fites-vous sûr de leur inconstance, et savez- vous si elles changent réellement de pensée en changeant de langage? » etc.
point d*autre fortune que de trouver grâce de?ant vos yeux. Nos propres parents ne se défont de nous qu'à ce prix ; il faut vous plaire ou vieillir ignorées dans leurs maisons. Nous n'échappons à votre oubli, à vos mépris, que par ce moyen; nous ne sortons du néant, nous ne saurions vous tenir en respect, faire figure, être quelque chose, qu'en nous faisant Taffront de mettre une industrie humiliante, et quelquefois des vices, à la place des qualités, des vertus que nous avons, dont vous ne faites rien, et que vous tenei captives*.
Jamais, croyons-nous, la cause des femmes ne fut plaidée avec plus de vigueur que dans ce passage, et Marivaux mériterait de leur part, entre tous les écrivains français, une reconnaissance particulière. Jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, en effet, elles n'eurent guère à se louer de la galanterie de nos écrivains \ Au moyen âge, elles sont l'objet de satires sans cesse reprises et développées ; nos vieux fabliaux s'acharnent contre elles avec une sorte de joie vindicative'. Au seizième siècle, on ne les traite guère mieux * : moralistes, prédicateurs, satiriques voient toujours en elles Vindomitum animal dont parlait le vieux Caton, et que Thomme doit tenir sévèrement en bride. L'hôtel de Rambouillet, il est vrai, a institué un culte en leur honneur, mais quelle prompte décadence des femmes divinisées! Quelques années plus tard, si Corneille leur doiiue une énergie, un sentiment de l'honneur dignes de l'autre sexe, si Racine les pare d'une délicatesse et d'une pudeur idéales, Molière leur laisse entendre qu'elles auront toujours besoin d'une forte tutelle et que c les grands objets »
1. Le Cabinet du Philosophe, cinquième feuille. — Voj. ci-dessus, p. 275, la tirade d*Arihénice. — On retrouvera la plupart des idées présentées ici par Marivaux dans un article de Prévost-Paradol {Nouveaux essais de politique et de littérature, xxvu, p. 363 et suiv. : Sur les femmes et l'infidélité)^ pelil chef-d'œuvre d'esprit, où le bon sens se pare de la forme piquante du paradoxe, et où les exagérations à la mode aiyourd'hui sont flaemeat raillées.
2. Voy., sur toute cette question, la spirituelle anlbologie (si le mot peut se dire d'un bouquet d*épines) composée par M. £m. Deschanel, le Mai qu'on a dit des femmes (1858), notamment la troisième parlie, p. 79 à 191.
3. Voy. Ch. Lenient, la Sfitire en France au moyen àge^ ch. v, vi, ix,
XVIU, XIX, XXII.
h, Jd., la Satire en France au dixième siècle j passion^ notamment Uv. I^ chap. II, m et iv.